Waciny Laredj, romancier, a été l’invité, samedi 3 novembre, du 23ème SILA, pour animer.une conférence au cours de laquelle il est revenu sur son parcours littéraire, notamment sur son roman « Le livre de l’émir ».« Le roman comporte deux parties. La première concerne les premières années de l’Emir passées dans la lutte contre l’occupation française, suivi de son emprisonnement au château d’Amboise, en France. La deuxième partie est consacrée à sa libération, à son installation à Bursa (Turquie) puis définitivement à Damas», a-t-il précisé. Selon lui, ce deuxième roman, qui paraîtra prochainement, a provoqué des critiques. « Si le roman a eu un tel retentissement, c’est parce qu’il aborde des questions sensibles dont le fait que l’Emir Abdelkader ait été le protecteur des chrétiens de Damas. Il en a sauvé plus de 1500. C’était un musulman qui avait défendu des chrétiens. En d’autres termes, les musulmans étaient passés pour des agresseurs et les chrétiens pour des victimes. Cela avait valu à l’émir des reproches et des accusations. Il avait été notamment accusé d’avoir fait partie de la franc-maçonnerie. La question reste toujours posée. Il n’y a pas de documents prouvant que l’Emir faisait partie de cette organisation », a expliqué l’écrivain.

« Pionnier du dialogue des cultures »

Pour le romancier, l’Emir Abdelkader était un chef de guerre inspiré, fin stratège politique, érudit et poète. « Je cherche à restaurer ce personnage historique qui, jusqu’à présent, continue de susciter questionnements et polémiques. Je le fais par le souci de faire comprendre les métamorphoses de l’Emir, homme complexe et contrasté, combattant de la foi et pionnier du dialogue entre les religions et les cultures », a-t-il souligné. Il a déploré l’existence parfois d’incompréhension à l’encontre de l’Emir et de son parcours. Pour Waciny Laredj, le travail de réécriture de l’Histoire incombe d’abord à l’historien. « L’écrivain a cette liberté de s’emparer de la matière historique et de la travailler, selon son imaginaire et sa sensibilité et son rapport au fait historique.  Là où l’historien ne peut pas faire, moi en tant qu’écrivain, je peux. Je peux imaginer des dialogues entre deux personnages… », a-t-il expliqué.

Autrement dit, il y a des territoires où l’écrivain peut, contrairement à l’historien, agir à sa guise. L’on parle alors d’Histoire romancée ou de roman historique. Toutefois, Waciny Laredj a mis en garde contre les dérives d’une telle approche à l’Histoire : « le roman s’appuie certes sur un support historique, mais l’écrivain doit faire preuve de prudence quand il travaille sur l’Histoire . Il faut vérifier la véracité historique en tant qu’intellectuel », a-t-il soutenu. La remise en cause de l’Histoire est une nécessité seulement lorsqu’il s’agit de rétablir la vérité historique », a-t-il averti.

 

Yacine Idjer

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