Organisée par la délégation de l’Union européenne à Alger, à la faveur du 23 éme Salon international du livre d’Alger, les 10 éme rencontres Euro-maghrébines se sont déroulées, le samedi 3 novembre, au niveau de la salle El-Djazair sous la thématique « Souvenirs, souvenirs, aux sources de l’inspiration ». Sept écrivains et romanciers maghrébins et européens ont participé à ces rencontres. Pour l’algérienne Nassira Belloula, le processus du souvenir se fait naturellement mais il y a une différence dans la manière de s’appuyer sur le souvenir. « Si on écrit, une autobiographie, on prend les souvenirs tels qu’ils se son déroulés chronologiquement mais quand on écrit sur la fiction, on utilise un souvenir inconsciemment. Je le remodèle pour qu’il soit adapté à ce que je voudrais faire, une image ou encore une description », a-t-elle dit.

« Face à un miroir »

Pour le poète espagnol Perdro Enriquez Martinez, les souvenirs du passé sont les vécus qui se matérialisent. « Les souvenirs se déclinent sous la forme de rêve et le rêve se transforme en réalité. Les souvenirs personnels vont changer notre propre vécu », a-t-il souligné. .L’écrivain tunisien Chokri Makhout est convaincu que les personnages réels qui gravitent dans un roman ou encore dans un conte sont détenteurs d’une âme certaine. «  Ce que l’on retrouve dans mon conte, ce sont des souvenirs d’enfance qui appartiennent à ma génération. Le conteur parle de ses souvenirs. Quand on se lance dans une autobiographie, on se met face à un miroir. La mémoire est une matière première afin de la charger et de la représenter à nouveau. C’est l’une des particularités de la mémoire » a-t-il analysé.

« Une écriture visuelle »

« L’écriture est parfois traitresse. Je ne peux pas parler d’un lieu sans faire intervenir la mémoire. Je peux imaginer un personnage, enchainer des événements mais je ne peux pas inventer un lieu. Le lieu c’est celui qui comporte les personnages et les parfums. Mon conte donne la carte visuelle de la Tunisie. Mon objectif est de donner une écriture visuelle pour pourrait convaincre les lecteurs ». De son côté, l’écrivain algérien l’écrivain Samir Toumi a avoué qu’il écrit pour se souvenir. « L’un des éléments fondamentaux dans le processus de l’écriture, c’est le souvenir. C’est la première matière qu’on va vampiriser pour écrire. L’écriture m’a permis d’aller vers le souvenir et aller vers le souvenir cela veut dire le formuler. La formulation du souvenir paradoxalement permet de libérer une parole et à un moment nous emmener vers d’autres territoires. Parfois ce souvenir est lourd à porter. Ce n’est pas tant le souvenir qui prend une multiforme mais je pense que c’est la manière dont on va interagir avec ce souvenir et dont on va en faire quelque chose », a-t-il confié.

« Je me souviens, donc j’existe ! »

L’écrivain roumain Ioan T. Morar a noté que la médecine a fait des progrès considérables, notamment mais échoue à transplanter les souvenirs. « C’est à l’écrivain de le faire.  Le souvenir, c’est plus fort que le document. Le souvenir, c’est la nourriture de l’âme et de l’esprit.  Je me souviens, donc j’existe  et si j’existe, je m’en souviens donc je dois écrire. C’est une obligation de transmettre », a-t-il conseillé.  La romancière grecque Stavroula Dimitriou a estimé, de son côté, que sans souvenirs, il ne saurait exister de littérature. Pour le critique littéraire et d’art marocain Charafdine Majdouline, le souvenir est la construction de notre passé. « C’est essayer, également, de revenir vers le passe en construisant de nouvelles idées. L’universitaire fait la différence entre les souvenirs et la mémoire » a-t-il relevé.

Meriem Nour

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