Aïcha Kassoul, romancière et universitaire, a animé, mercredi 7 novembre, dans le cadre du SILA, une conférence au cours de laquelle elle est revenue sur son dernier roman, « La colombe de Kant », paru, en 2017, aux éditions Casbah, et couronné cette année du Prix Escale littéraire d’Alger. « Je ne suis ni philosophe ni historienne et je ne fais pas de théologie. Je suis seulement une femme de lettres qui aime écrire. J’étais interpellée par la réalité, rattrapée par la violence algérienne, et c’est pour cette raison que j’ai donc décidé d’écrire. Je suis bouleversée par cette actualité. Elle m’a fait interroger sur ce que nous vivons. Je n’écris pas sur le mode de l’imagination ; celle-ci est neutralisée par la violence. J’écris pour dire l’horreur, la violence qui nous frappe», a-t-elle confié.

« Je fais l’apprentissage  de tomber »

D’après Kant, philosophe, « la vie est une longue chute », et, selon la romancière, l’écriture permet de trouver le moyen de tomber et de tomber bien. « Je fais l’apprentissage de tomber. Pour moi, je tombe dans un livre et tombe debout. L’écriture est une marche continue », a-t-elle dit. Dans « La colombe de Kant », Aïcha Kassoul se réfère à l’Histoire. « J’ai marché dans ma tête, j’ai marché dans la rue, j’ai marché dans les livres. Et j’ai marché dans l’Histoire pour trouver des échos, des correspondances à ce qui nous arrive. Et dans cette marche, j’ai fait des rencontres : Hannibal, Sophonisbe, Apulée, Saint-Augustin… », a expliqué Aicha Kassoul. Le but, selon elle, est de relier chaque personnage au présent, d’expliquer l’actualité algérienne par rapport à chacun d’eux, de soulever des questionnements en relation avec notre Histoire. « Chaque personnage m’a ramené à l’Algérie d’aujourd’hui, à mes préoccupations du moment. Toutes ces lectures m’aident à vivre dans l’actualité d’aujourd’hui ; ça m’aide à avancer », a-t-elle souligné.

« L’Histoire nous pousse aux questionnements »

Selon l’écrivaine,  le roman est un univers qui se met en rapport avec le réel « dans lequel on prend pied pour réfléchir ». « C’est difficile de classer mon roman ; le texte disperse. Toutefois, il y a une ligne directrice. Mais, il se trouve que « La colombe de Kant » revêt une portée historique. C’est un roman ancré dans l’Histoire. Il raconte notre Histoire.  Je me raccroche à notre Histoire. Je n’y cherche pas des réponses, mais je suis en quête d’interrogations. L’Histoire nous pousse aux questionnements. Elle ne prédispose pas à l’émerveillement. L’Histoire ce sont des faits. Ces derniers nous permettent de se repositionner », a-t-elle soutenu. D’après elle, un roman est écrit avec le coeur, pas avec l’esprit. « C’est à nous, Algériens, de se réapproprier notre Histoire, et c’est à nous de la réécrire. Il ne faut pas laisser les autres la travestir », a-t-elle conseillé.

Yacine Idjer   

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