Parlez-nous de votre maison d’édition?

Je suis spécialisé dans le patrimoine immatériel. Je travail sur la mémoire villageoise. Jusqu’à présent, j’ai édité une quinzaine d’ouvrages relatifs au patrimoine immatériel, comme Yenneyar… Et d’autres ouvrages sur l’habitat rural, les méthodes et savoir-faire développés par la paysannerie…

Qu’est-ce qu’entend par mémoire villageoise ?

La mémoire villageoise est en déclin. On assiste à beaucoup de perdition. Mon édition s’attache donc à encourager les auteurs à s’investir dans la collecte et la restitution et la sauvegarde de ce qui reste comme mémoire villageoise au niveau, par exemple, des traditions, de l’oralité, des légendes et contes, de la poésie, en somme tout ce qui est culture oral, et aussi les arts musicaux, le théâtre, le chant… Et également au niveau des rituels des fêtes annuelles que nous connaissons dans toutes les régions d’Algérie, et qui reviennent de façon périodique, et qui caractérisent notre identité. Il y a tout ce qui est en relation avec la nature : la sauvegarde du savoir sur les plantes, des connaissances sur la gastronomie. Il y a également le savoir-faire sur l’artisanat et métiers traditionnels. Plein de compétences qui existent et qui caractérisent la société algérienne, sa culture et son histoire, donc son identité. Et notre tâche en tant qu’éditeur est d’encourager tous ceux qui travaillent dans ce domaine-là, en les publiant et à les faire connaitre. Et surtout en essayant de généraliser cette tendance qu’est la sauvegarde de notre identité nationale.

Comment est né ce désir de sauvegarde du patrimoine immatériel ?

J’ai vu que nous avons des spécificités qui n’existent pas ailleurs, malheureusement ces singularités sont en voie de disparition et nous sommes plus au mois avalés par la mondialisation. Et pour lutter contre cette mondialisation, il faudra cultiver ce qui nous différencie des autres sociétés. On appelle ça l’identité. Cela ne veut pas dire qu’il faut s’enfermer sur soi, mais il faut se connaitre, déterrer toutes ces choses qui sont en train de partir, ce que nous appelons la mémoire.

Est-ce que cette volonté de sauvegarder cette mémoire a de l’impact sur le citoyen ?

Absolument. Il y a des initiatives au niveau des villages, il y a une renaissance de l’activité associative, à travers lesquelles sont organisés des cafés littéraires où des associations invitent des créateurs (écrivains, chanteurs, plasticiens, dramaturges…) pour parler de ce patrimoine. Et dans chaque rencontre, dans chaque initiative, il y a évidemment le souci de préserver l’identité, le souci de cultiver la mémoire, de ce qui contribue à la personnalité générale.

Propos recueillis par Yacine Idjer

 

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