Invité d'honneur

LA CHINE, INVITEE D’HONNEUR

L’Empire des Lettres

 

Depuis des siècles, chroniqueurs et écrivains, pour la plupart européens, ont transmis leur fascination de la Chine.

Dans la tradition des textes orientalistes, ils ont souvent mêlé observations et fantasmes. Ces écrits n’ont pas toujours servi à donner une image fidèle de la Chine et, de plus, ils ont en quelque sorte masqué sa production littéraire, unique dans l’histoire de l’humanité.

Les spécialistes estiment que la littérature chinoise est née deux millénaires av. J.-C. à partir de textes plutôt métaphysiques.

Dans l’Antiquité et au Moyen Age, ont émergé d’innombrables oeuvres : romans, histoires courtes, récits historiques, contes, recueils de poésie ou d’anecdotes, etc.

Autre caractéristique remarquable : l’apparition précoce d’une critique littéraire qui donne lieu à des ouvrages publiés dès la fin de l’empire des Han, soit vers le début du premier millénaire.

Ainsi, au fil des siècles, s’est développée une littérature abondante, en prose ou en poésie, recherchant l’expression raffinée ou s’attachant à la popularité.

Les écoles, genres et styles se sont multipliés, donnant des romans très longs ou des récits courts à caractère réaliste ou fantastique.

Des mandarins aux contemporains

Cette place unique au monde de la littérature a été soutenue par les découvertes chinoises dans la fabrication du papier et de l’imprimerie.

Le papier le plus ancien (en fibres de lin) découvert en Chine est daté de l’an VIII av. J.-C.

Quant à l’imprimerie à caractères mobiles, elle remonte au IXe siècle, soit six siècles avant Gutenberg. On peut y voir aussi l’apport d’une pratique intensive de l’écriture exercée par l’administration des différentes dynasties qui consignait tout acte et vénérait les archives.

Enfin, il est certain que l’attrait de cette brillante civilisation pour le monde de la pensée, sous sa forme sacrée ou profane, a favorisé l’expression littéraire par le perfectionnement de la langue, le respect de la chose écrite, la circulation des idées et ce, en dépit de ses soubassements inégalitaires et de périodes de répression intellectuelle et artistique menées par quelques empereurs.

De plus, la tradition philosophique chinoise est une des plus anciennes au monde et remonte à mille ans avant l’ère chrétienne avec le Yi Jing (ou Livre des Mutations) et se poursuit avec de grands noms dont Confucius est le plus connu. Aux XIXe et XXe siècles, la littérature chinoise va vivre de grands changements liés aux bouleversements de l’époque.

Elle connaît une influence occidentale à travers l’apparition d’une intelligentsia formée à l’étranger et la traduction de nombreuses œuvres occidentales. Cette tendance est liée au mouvement réformiste qui prône souvent le rejet de la culture confucéenne et utilise la forme littéraire pour faire passer ses idées. Des débats littéraires intenses et ardus vont marquer cette période, portés par maintes tendances et revues littéraires. Mais l’échec du réformisme et les graves agressions que subit la Chine vont susciter la recherche d’autres expressions littéraires.

On voit apparaître l’écrivain Lu Xun (1881-1936) considéré comme le père de la littérature chinoise moderne, qui renoue avec la langue parlée, ainsi que le romancier et poète Mao Dun (1896-1961), engagé dans la lutte révolutionnaire, ou encore Ba Jin (1904-2005).

Ces auteurs et bien d’autres illustrent, d’une manière ou d’une autre, la Révolution engagée par le Parti Communiste Chinois dans un pays meurtri par l’histoire.

Après le succès de la Longue Marche et l’avènement d’une nouvelle ère pour la Chine, une littérature proche du réalisme socialiste se développe. Elle est fondée sur des directives culturelles inspirées du discours de Mao Zedong sur la littérature et l’art en 1942 à Yan’an.

Comme dans d’autres pays, cette tendance donnera lieu à quelques oeuvres marquantes.

Puis, à la faveur du lancement des grandes réformes vers la fin des années 70, la littérature contemporaine chinoise va connaître un renouveau à la mesure de l’émergence du pays en tant qu’acteur incontournable de la vie internationale et des changements considérables que connaît le pays.

La recherche des racines de l’histoire et de la société fait émerger une tendance littéraire où s’illustre notamment Mo Yan, Prix Nobel de Littérature 2012. La production littéraire contemporaine connaît une grande avancée. Les genres et thématiques se diversifient. La place des femmes, non plus seulement comme personnages, mais en tant qu’auteurs, s’est considérablement accrue.

Les expressions se sont libérées davantage et de nombreux romans se livrent à des critiques de la société. De même, de nouvelles formes d’écriture voient le jour à travers les recherches d’écrivains novateurs. Enfin, grâce aux traductions, on peut noter que la littérature chinoise, ancienne ou nouvelle, fait l’objet d’un intérêt accru dans le monde et plusieurs maisons d’édition en dehors de la Chine se sont spécialisées dans ce domaine ou ont créé des collections chinoises.

La traduction agit aussi sur les écrivains et les lecteurs chinois puisque de plus en plus d’oeuvres étrangères leur deviennent accessibles. Cet essor remarquable de la littérature chinoise contemporaine, à l’image des autres secteurs, s’appuie sur un développement puissant de l’édition et de la distribution.

Enjeux et exigences

Il concluait enfin pour expliquer sa déception : «La Chine considère l’innovation comme l’un des principaux moteurs de son économie et fait de son mieux pour promouvoir l’innovation dans les industries, l’éducation et la gouvernance. Mais aucune nation ne peut prospérer sur l’innovation si ses citoyens n’aiment pas lire.» Ces propos illustrent encore la forte volonté de la Chine d’avancer dans tous les domaines et l’importance accordée au savoir et aux choses de l’esprit. C’est là une attitude dont on retrouve les traces dans les siècles passés et notamment dans les enseignements de Confucius et d’autres lettrés.
Aussi, l’encouragement à la lecture de qualité est considéré comme un challenge hautement stratégique. En 2015, l’agence Xinhua (Chine nouvelle) rapportait le discours de Liu Yunshan, membre du Comité permanent du Bureau politique du Parti Communiste Chinois à l’occasion de la Journée mondiale du livre (23 avril).

Il appelait au lancement de la campagne «Lecture pour tous les citoyens». Les initiatives dans ce sens sont nombreuses. Elles émanent aussi de la société civile comme ce flashmob organisé par des jeunes de Beijing qui se sont réunis dans le métro de la ville en lisant des livres. Il existe divers moyens de promotion du livre et de la lecture.

Un des plus connus et efficace est l’émission «Lecture Room» diffusée quotidiennement depuis 2011 par une chaîne nationale. Elle consiste en un cours de littérature donné par un professeur à quelques étudiants dans un langage accessible et de manière très didactique.

Elle jouit d’une large audience et a contribué à la relance de la lecture des grands classiques, tout en faisant connaître des oeuvres modernes dont les ventes ont aussitôt grimpé.

Plus anecdotique mais révélateur, la bibliothèque de Hangzhou, à l’est de la Chine, a érigé un buste à la mémoire d’un de ses lecteurs les plus assidus décédé dans un accident de voiture. Cet ancien enseignant, qui partageait son salaire avec des étudiants pauvres, venait lire quasiment chaque jour.

Mais il semble que la Chine n’a pas à s’inquiéter du sort de sa littérature et de son édition auprès de ses lectorats.

Le livre intitulé Notes sur les Entretiens de Confucius de Yu Dan publié en 2006 s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires et a rapporté une fortune à son auteur.

Quant au livre Les Trois Royaumes, sept siècles après, il se vend encore à près de 100 000 exemplaires par an, quand la Chine d’aujourd’hui peut aligner de nombreux auteurs de qualité. Plus que jamais, ce pays apparaît comme un Empire des Lettres.

Les Quatre Livres Extraordinaires

Les romans classiques sont volumineux et leurs normes sont d’environ un million de caractères et une centaine de chapitres ! Ils se classent par époque et par genre bien représentés par ce que l’on nomme les Quatre Livres Extraordinaires de la littérature chinoise.

L’un des plus anciens, et aussi l’un des plus longs de cette littérature, Les Trois Royaumes, est la référence suprême des romans historiques.

Il a été écrit par Luo Guanzhongau au XIVe siècle, d’après l’oeuvre de Chen Sou (IIIe siècle). Modèle du roman de cape et d’épée, le fameux Au bord de l’eau, signé par Shi Nai’an, remonte aussi au XIVe siècle et met en scène des bandits d’honneur.

Le roman fantastique est incarné par La Pérégrination vers l’Ouest. Ecrit par Wu Chang En à la fin du XVIe siècle, il raconte l’histoire d’un moine bouddhiste aux prises avec des forces surnaturelles.

Enfin, le roman de moeurs est représenté par Jin Ping Mei (Le Lotus d’Or) apparu au XVIe siècle mais resté des siècles interdit, ce qui n’est plus le cas de nos jours.

Son auteur pourrait être un peintre lettré du nom de Xu Wei. Mais, parmi les Quatre Livres Extraordinaires de la littérature chinoise, la place de Jin Ping Mei a été ensuite prise par le chef-d’oeuvre de Cao Xueqin, Le Rêve dans le Pavillon rouge, écrit au milieu du XVIe siècle.

Ce sommet de la littérature chinoise, qui décrit magistralement la décomposition du monde féodal, aurait été une des oeuvres préférées du leader Mao Zedong ; il fait partie aujourd’hui de la collection Unesco d’oeuvres représentatives. Avec ses 120 récits, c’est un des plus longs romans au monde.

Il montre bien aussi la dimension universelle de la littérature chinoise. Son auteur écrivait d’ailleurs en préface : «Ayant maintenant laissé s’écouler la moitié de mon existence sans me rendre maître d’aucune technique, j’ai voulu, de toutes mes fautes, tirer un ouvrage en guise d’avertissement à l’universalité des humains.»

Ces ouvrages marquent une révolution littéraire dans la mesure où ils ont imposé une écriture populaire considérée à ses débuts comme «vulgaire» par les lettrés et intellectuels qui appartenaient généralement à la caste aristocratique.

La littérature classique privilégiait la poésie et les essais philosophiques et méprisait les récits qui circulaient depuis longtemps parmi le peuple de manière essentiellement orale à travers le conte, le théâtre, les spectacles de marionnettes ou les chansons.

Les Quatre Livres Extraordinaires ont utilisé un mélange de chinois académique et de langue parlée, introduisant ainsi un bouleversement linguistique considérable, au point que même les cercles littéraires finiront par y adhérer et qu’une certaine démocratisation de la littérature débuta, appuyée par une production éditoriale importante.

Première place mondiale

L’Administration d’Etat de la presse et de la publication, qui exerce la coordination et le contrôle de ces activités, indiquait récemment que, fin 2017, plus de 9 milliards d’exemplaires de livres avaient été publiés dans l’année, en hausse de 2,3 % par rapport à 2016. Dans cet ensemble, on compte plus de 255 000 nouveaux titres, totalisant 2,27 milliards d’exemplaires. A la même période, on dénombrait 585 maisons d’édition, dont 219 publiques et 366 privées.

Ces chiffres viennent confirmer la première place mondiale prise par la Chine dans l’édition depuis plus d’une décennie. En 2011, le chiffre d’affaires de l’édition chinoise atteignait 8,3 milliards d’euros (source BIEF, Bureau international de l’édition française).

Si ces performances relèvent de la taille de sa population, de même que du livre scolaire (environ 40 % du total d’exemplaires), elles sont dues aussi aux progrès sociaux et au développement de la lecture, ainsi qu’à une action dynamique du secteur dans le pays et à l’international.

Signalons que la majorité des ouvrages sont en chinois mandarin et imprimés en caractères chinois simplifiés.

Les éditeurs sont libres de fixer les prix qui se situent entre 2,30 et 4,60 euros. Il ne faut pas se fier au nombre modeste d’éditeurs publics (219) car il s’agit souvent d’entreprises de grande taille, à l’image du Groupe des publications internationales de Chine, aux nombreuses filiales dont une seule édite jusqu’à 1 000 nouveaux titres par an en langues étrangères.

Quant au secteur privé, il se développe de manière appréciable sous la forme d’ateliers éditoriaux qui bénéficient de quotas d’ISBN. Par ailleurs, pour un montant de 10,6 milliards d’euros, la Chine est devenue le deuxième marché mondial, (source IPA, Association internationale des éditeurs) par l’importation d’ouvrages étrangers sous format papier ou numérique ou encore l’achat de droits (10 950 titres en 2006, selon le BIEF). La même année, elle avait vendu pour sa part les droits de 2 050 ouvrages dans le monde.

La distribution est assurée par 111 000 points de vente où figure entre autres la Poste chinoise.

Dans ce total, qui intègre aussi les produits d’édition (magazines, CD, DVD…), on estime à environ 35 000 les librairies publiques et privées exclusivement consacrées au livre.

Quelques-unes sont énormes, réparties sur plusieurs niveaux. La Chine organise de nombreux salons du livre dont le Beijing International Book Fair à caractère professionnel (nombreuses transactions internationales), le Salon de Hong Kong ou la Foire internationale du livre pour enfants de Shanghai de dimension internationale aussi et qui s’appuie sur un lectorat potentiel interne de près de 250 millions d’enfants dans un pays où 70 % des parents, très soucieux du développement intellectuel de leurs enfants, leur achètent chaque mois un ou plusieurs livres.

L’édition numérique a pris une place considérable où la littérature n’est pas en reste puisque l’Association chinoise de publication audio-vidéo et numérique annonçait que 400 millions d’internautes lisaient de la littérature en ligne (fin 2017), soit près de la moitié des internautes ! La même source signalait qu’environ 14 millions de personnes proposent leurs œuvres littéraires sur des sites en ligne ou des applications mobiles. Parmi eux, 51 % gagnent ainsi plus de 5 000 yuans (728 dollars) par mois. Il s’agit d’une littérature estimée par les critiques comme de qualité très moyenne, sinon médiocre.

Son développement inquiète les amoureux des belles lettres, mais certains observateurs estiment qu’elle permet de diffuser les habitudes de lecture et de donner le goût de la littérature.

En avril 2017, on pouvait lire dans Le Quotidien du Peuple ce qui suit : «Il est préoccupant de constater que de plus en plus de Chinois adultes se livrent à une lecture décontractée et superficielle. Ainsi, une proportion considérable des livres que les Chinois adultes ont lus l’année dernière étaient de la ‘littérature Internet’, qui est toujours de qualité inférieure, mais plus facile à ‘digérer’ que les livres classiques.»

Le journaliste donnait les chiffres de l’enquête annuelle de l’Académie chinoise de la presse et de l’édition, soulignant qu’en 2016 les adultes chinois lisaient en moyenne 7,8 livres par an (+ 0,02 % par rapport à 2015), et comparait cela à une information du Beijing Youth Daily selon laquelle les Israéliens liraient en moyenne 60 livres par an.

SILA

Salon International du Livre d'Alger

info@sila.dz

Tél : +213 23 96 52 57

OU ET QUAND?

Palais des expositions, les Pins maritimes, Mohammadia, Alger Algérie

Du 29 Octobre au 10 Novembre 2018

Ouverture De 10:00 à 19:00

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