LA LECTURE, MIROIR DE L’HOMME
Par Monsieur Azzedine Mihoubi,
Ministre de la Culture

 

La lecture demeure le comportement humain le mieux indiqué pour transférer les contenus de savoir, d’art et de littérature d’un individu à un autre, d’un groupe à un autre et d’une société à une autre, voire d’une époque à une autre. De ce fait, nous pouvons la considérer comme le témoin vivant de la capacité de chacun à renouveler son support et contenu de savoir et de culture et la possibilité pour la société de renouveler ses connaissances, ses réalisations et ses aptitudes. Mais nous nous interrogeons sur les formes que peut prendre l’acte de lecture qui dépasse, aujourd’hui, le support-papier vers d’autres formules.

 

Par habitude, nous avons admis que la lecture devait suivre les derniers acquis de la connaissance, de la littérature, de l’histoire et des différentes disciplines des arts et des sciences, uniquement à travers le support-papier en adoptant une vision rigide et typique sur la lecture, extrapolant le texte écrit…

Aujourd’hui, la lecture s’offre à nous sous d’autres formes qui s’éloignent de plus en plus du livre papier dans son aspect classique. Nous disposons du livre électronique, du livre sonore, du livre sensoriel et de différents médias qui nous présentent un savoir confiné dans un seul support : le livre et, dans le meilleur des cas, le récit. Toutes ces formules de lecture pourront-elles nous dispenser vraiment du livre-papier ?

La question ne sera, sans doute, pas tranchée. Certains continueront à promettre au livre papier des jours meilleurs et d’autres adopteront le e-book, mais nous serons là pour encourager la lecture dans toutes ses formes en préservant l’aide du Ministère de la Culture dans la régulation du marché du livre papier et en assurant les meilleures perspectives au livre électronique. Au moment où s’ouvre la 22e édition du Salon International du Livre à Alger, le Ministère de la Culture achève le projet de décret exécutif sur le livre électronique, conformément à la loi 15-13 du 15 juillet 2015 portant sur les activités et le marché du livre. Ce texte indique la perspective d’avenir dans laquelle nous plaçons ce domaine devant être en accord avec les évolutions enregistrées dans le nouveau monde de la lecture.

Nous comptons développer l’édition numérique dans notre pays et la suivre pour faciliter l’accès à l’univers du livre à notre jeunesse, qui constitue la majorité de notre population et s’est habituée aux nouvelles technologies de communication. Si le livre, dans sa matérialité de papier et d’encre, est un bel objet auquel nous restons attachés, l’essentiel réside bien dans la lecture qu’il nous offre en véhiculant les sciences, la littérature, les techniques, les idées, les valeurs, l’imagination, la réflexion et l’esprit de découverte.

En encourageant cette voie s’inscrivant dans la ligne des réformes prônées par Son Excellence Monsieur Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, nous avons conscience que le livre-objet demeure encore dominant, y compris dans les pays les plus avancés en matière d’édition numérique. C’est pourquoi nous devons continuer à accorder une attention soutenue aux formes «classiques» de fabrication, de distribution et d’utilisation du livre. A cet effet, la mission du Centre National du Livre consiste à ouvrir, régulièrement, des ateliers dédiés aux métiers de l’édition. Les aides publiques doivent revenir à des projets menés par des professionnels soucieux de la noblesse du livre, du statut des écrivains et du respect des auteurs. L’Etat ne peut se défaire de son rôle de soutien mais il lui appartient, comme cela se pratique partout, d’attendre des bénéficiaires de cette aide, une contribution active à la promotion des livres et à l’épanouissement de la lecture.

A cet effet, le Salon International du Livre d’Alger est un véritable baromètre qui nous renseigne sur le climat de l’édition et nous offre l’occasion de connaître les nouveautés du marché mondial du livre. De même, il nous livre la production des auteurs et leur regard sur le monde, ainsi que les tendances de lecture chez les différents publics, ce qui nous permet de définir les besoins en matière de livres et d’organiser nos actions pour les rendre largement accessibles et visibles. Il s’agit d’un événement majeur qui montre que l’engouement pour la lecture chez les Algériens s’opère actuellement par des sélections et des choix et révèle chez eux une posture consciente qui s’éloigne de la lecture-hobby, car le lecteur qui passe une semaine entière à rechercher quelques titres est un lecteur important sur lequel nous devons miser à travers la promotion du marché de l’édition pour que ce lecteur-citoyen puisse accéder au livre papier puis, graduellement, au livre électronique.

En raison de l’instabilité du marché privé de l’édition, nous nous attelons à développer la lecture publique à travers un réseau national de 1 500 bibliothèques, dont plus du tiers relève du Ministère de la Culture. Et ce, afin d’assurer le droit du citoyen à la lecture, notamment dans les villages et les régions reculées, en attendant que les privés ayant bénéficié des mesures d’appui à la fabrication du livre s’organisent davantage, en dehors des grandes manifestations culturelles, pour créer les conditions favorables au développement de ce marché.

Nous pouvons constater que ce message est de mieux en mieux compris, et le SILA nous fournit encore une fois un indice supplémentaire à travers l’augmentation du nombre d’exposants algériens présents à cette édition par rapport à la précédente. Ils occupent plus de la moitié des surfaces d’exposition, et cette progression s’accompagne d’améliorations visibles. Nous avons donc la conviction que la passion des lecteurs et l’engagement des professionnels peuvent mener, avec un soutien adapté de l’Etat, à un essor de l’édition et du livre dans notre pays.

Parmi les participants du monde entier, nous comptons cette année en tant que pays invité d’honneur l’Afrique du Sud, avec laquelle l’Algérie entretient des relations historiques et actuelles profondes. Les citoyens algériens éprouvent, notamment à travers l’immense personnalité de Nelson Mandela, un des sages de ce monde, une réelle affection pour ce pays qui en témoigne autant pour l’Algérie, son peuple, son histoire et son gouvernement. Ils pourront découvrir à cette occasion que l’Afrique du Sud a donné au continent et au monde deux prix Nobel de littérature et qu’elle dispose d’une littérature classique et contemporaine admirable de talent et de diversité. Cette honorable présence renforce la dimension africaine du SILA dont les points cardinaux se déterminent aussi à partir de nos profondeurs historique, identitaire, artistique et culturelle, dont l’écrivain Mouloud Mammeri représente un des symboles majeurs. Il marquera sa présence au salon par un colloque international organisé par le Haut-Commissariat à l’Amazighité à l’occasion du centenaire de sa naissance.

J’exprime particulièrement mes vifs remerciements et ma considération la plus distinguée à Son Excellence Monsieur Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, qui assure au Salon International du Livre d’Alger son haut patronage et y veille par sa grande âme.

En souhaitant plein succès à cette 22e édition, j’adresse mes salutations chaleureuses aux organisateurs du SILA et à l’ensemble de ses participants, entre auteurs, éditeurs et, bien sûr, le public du livre.

Pin It on Pinterest

Partages
Partagez