
Une conférence organisée dans le cadre de la 29e édition du Salon international du livre d’Alger (SILA) a revisité un chapitre important des relations algéro-saoudiennes : le soutien apporté par le Royaume à la lutte pour l’indépendance. Archives historiques, contributions financières et initiatives diplomatiques ont nourri les interventions de quatre historiens.
Le soutien de l’Arabie saoudite à la Révolution algérienne ne s’est pas limité aux déclarations de solidarité. Il s’est traduit par des initiatives diplomatiques, des aides financières et une mobilisation populaire qui ont accompagné la lutte pour l’indépendance. C’est ce qu’ont mis en lumière les historiens Abdallah Meguellati, Omar Boudarba, Rachid Ould Boussiafa et Redhouane Chafou, lors d’une conférence intitulée « La contribution du Royaume d’Arabie saoudite au soutien de la Révolution algérienne », animée par l’ancien ambassadeur Mustapha Boutoura.
Une solidarité antérieure à Novembre 1954
Les intervenants ont d’abord rappelé que les relations entre les nationalistes algériens et les autorités saoudiennes précédaient le déclenchement de la guerre de Libération. Dès les années 1930, le Royaume apportait son concours aux activités éducatives et culturelles de l’Association des oulémas musulmans algériens, notamment dans l’enseignement de la langue arabe et la préservation de l’identité nationale face à la politique coloniale française. Rachid Ould Boussiafa, s’appuyant sur des documents conservés dans les archives de la Ligue arabe et sur des publications saoudiennes de l’époque, a évoqué les démarches entreprises pour internationaliser la question algérienne avant même le 1er Novembre 1954. Ces initiatives allaient prendre une nouvelle dimension avec le déclenchement de la lutte armée.
L’argent et les armes au service de la Révolution
Omar Boudarba a particulièrement insisté sur l’importance de l’aide financière saoudienne dans les préparatifs du déclenchement de la Revolution. Selon l’historien, des fonds obtenus auprès du roi Saoud ben Abdelaziz auraient permis aux représentants du mouvement national, notamment Ahmed Ben Bella, de financer l’acquisition de premières cargaisons d’armes destinées aux combattants de l’Armée de libération nationale. Cette solidarité s’est ensuite étendue à la population saoudienne. À travers les campagnes organisées sous l’appellation « Journée de l’Algérie », parfois prolongées sur une semaine, des collectes mobilisaient responsables, commerçants et simples citoyens. Le roi Saoud, les membres de la famille royale et les autorités locales participaient à cet effort. Le futur roi Salmane, alors gouverneur de Riyad, supervisait lui-même certaines opérations de collecte. Les contributions prenaient également la forme de vêtements, de médicaments et de produits de première nécessité destinés notamment aux réfugiés algériens installés aux frontières tunisienne et marocaine.
Une bataille diplomatique aux Nations unies
L’autre volet majeur de la conférence a concerné l’action diplomatique. Les historiens ont rappelé l’initiative saoudienne de janvier 1955 visant à porter la question algérienne devant les Nations unies, à une époque où la France considérait encore l’Algérie comme une affaire intérieure. Une figure a particulièrement retenu l’attention : le diplomate palestinien Ahmed Choukeiri, choisi pour représenter l’Arabie saoudite aux Nations unies. À la demande des responsables nationalistes algériens, il allait devenir l’un des défenseurs les plus actifs de la cause algérienne dans les instances internationales. Les intervenants ont également évoqué la visite officielle effectuée en mars 1959 par une délégation du Gouvernement provisoire de la République algérienne, conduite par Ferhat Abbas, auprès du roi Saoud. Cette rencontre illustrait l’importance acquise par la question algérienne dans la diplomatie du Royaume.
Une mémoire historique partagée
Au-delà des faits et des documents présentés, les échanges ont souligné la portée historique de cette solidarité. L’un des épisodes évoqués concerne la rencontre entre Ahmed Choukeiri et Ahmed Ben Bella après l’indépendance, au cours de laquelle la question palestinienne fut présentée comme un autre combat commun pour la liberté. En conclusion, Mustapha Boutoura a replacé cette histoire dans le contexte des relations algéro-saoudiennes contemporaines, soulignant la dimension symbolique du choix de l’Arabie saoudite comme invitée d’honneur de cette 29e édition du SILA. Une occasion, pour les historiens, de rappeler que les liens entre les deux pays plongent leurs racines dans une histoire commune de solidarité politique et de soutien aux mouvements de libération.