
Au pavillon Palestine, dans la salle de conférences Tahar Ouettar, un panel d’universitaires et d’experts s’est penché, jeudi 29 octobre, sur les mutations de l’ordre mondial, à l’occasion d’une rencontre intitulée « Où va le monde ? ». Animée par Ahmed Kateb, cette conférence s’inscrivait dans le programme culturel de la 29e édition du Salon international du livre d’Alger (SILA), dont elle marquait le lancement.
Dans son intervention, le chercheur et écrivain Ahmed Bensaada a présenté les principales transformations qui caractérisent la géopolitique contemporaine et redéfinissent les modes de gouvernance mondiale. Selon lui, les anciens pôles de puissance et les idéologies traditionnelles perdent progressivement de leur influence au profit de nouvelles dynamiques, marquées notamment par les conflits, les bouleversements politiques et les avancées technologiques. À l’appui de son analyse, il a cité plusieurs exemples illustrant ces mutations : l’essor technologique de la Chine, la puissance militaire de la Russie, l’affirmation progressive de l’Afrique sur la scène internationale, la montée des courants politiques de droite, ainsi que la guerre à Ghaza et ce qu’il considère comme l’inaction de la communauté internationale. Autant de phénomènes qui témoignent, selon lui, d’une profonde recomposition des rapports de force à l’échelle mondiale.
L’intervenant a également souligné l’émergence d’une nouvelle technocratie fondée sur la connaissance, la maîtrise des technologies et le contrôle de l’information, notamment à travers le développement de l’intelligence artificielle. Ces évolutions participent, selon son analyse, à l’émergence d’un modèle de gouvernance mondiale hybride, dans lequel les mécanismes traditionnels de répartition du pouvoir et de prise de décision connaissent de profondes transformations. Pour sa part, le Dr Mohamed Khoudja, enseignant-chercheur à l’Université Alger 3, est revenu sur plusieurs concepts permettant d’appréhender ce changement de paradigme dans les relations internationales. La « liquidité stratégique », la gestion du chaos, la compétition entre les États, la formation de nouvelles alliances fondées sur les technologies et les stratégies sécuritaires figurent, selon lui, parmi les principales caractéristiques de cet ordre hybride, dont les contours demeurent encore difficiles à définir avec précision.
Il a également évoqué les relations entre les États-Unis, la Russie, l’Algérie et d’autres acteurs internationaux, ainsi que les tensions observées dans différentes régions du monde, qu’il considère comme autant de manifestations de cette transition géopolitique.
L’Afrique face aux nouvelles recompositions mondiales
De son côté, le Dr Mohamed Saleh Omar, directeur général du Centre africain de recherche et d’études des politiques, basé à Istanbul, a insisté sur la nécessité pour l’Afrique de consolider son poids politique et de renforcer son unité afin de faire face à l’accélération des transformations internationales. Selon lui, le continent africain construit progressivement sa place sur le nouvel échiquier mondial. Dans un contexte marqué par une forte instabilité des équilibres stratégiques, les rapports de force se redessinent, offrant de nouvelles perspectives aux acteurs capables de développer leurs connaissances, de maîtriser les technologies et de mobiliser les ressources nécessaires à leur affirmation sur la scène internationale. Le conférencier a particulièrement insisté sur le rôle des études et de la recherche scientifique dans la compréhension de ces mutations. À ses yeux, l’information et la connaissance constituent désormais des leviers essentiels pour anticiper les évolutions géopolitiques, élaborer des stratégies adaptées et permettre aux pays africains de mieux défendre leurs intérêts. La rencontre s’est achevée par un échange avec le public, dont les questions ont permis d’élargir la réflexion à d’autres conflits et enjeux internationaux, témoignant de l’intérêt suscité par les profondes transformations que connaît actuellement le monde.