Inam Bioud, écrivaine : « Il ne faut pas émettre un avis sur un livre sans l’avoir lu »

Présente au quatrième jour du Salon international du livre d’Alger (SILA 2026) pour une séance de vente-dédicace de son roman Houaria, traduit de l’arabe vers le français par Lotfi Nia, l’écrivaine Inam Byoud revient sur le parcours de cet ouvrage, lauréat du prix Assia Djebar en 2024 dans sa version originale. À cette occasion, elle évoque les enjeux de la traduction littéraire, la place de l’intelligence artificielle et l’influence des prix littéraires sur la vie d’un roman.

 

Vous êtes présente pour la vente-dédicace de la version française de votre roman Houaria, qui a obtenu le prix Assia Djebar en 2024 dans sa version originale en arabe. Cette traduction répond-elle à une demande des lecteurs ou relève-t-elle d’un choix de l’auteure ?

 

La traduction est une finalité pour tout écrivain. Les livres sont traduits dans différentes langues afin de toucher un public toujours plus large. C’est aussi un moyen de rapprochement, de découverte et de rencontre entre les cultures et les civilisations.

 

Le nombre de langues dans lesquelles un roman est traduit constitue-t-il un critère de réussite ? Dans combien de langues envisagez-vous de faire traduire Houaria ?

 

Je pense que oui. La traduction est un critère de réussite. Houaria a été traduit en français, et des traductions en chinois et en italien sont en préparation. Mon premier roman n’a pas été traduit, car, à l’époque, il n’y avait pas un tel engouement pour la traduction. Le livre vivait alors sa vie, pourrait-on dire, dans une certaine forme de dilettantisme.

 

Vous êtes vous-même traductrice. Pourquoi n’avez-vous pas traduit votre propre roman ?

 

Pour moi, une traduction est avant tout une lecture. Si je devais traduire mon propre livre, je risquerais de porter un regard critique sur certains passages, d’en être mécontente et d’avoir envie de les corriger, voire d’en supprimer d’autres.

Cependant, dès qu’un livre sort des mains de son auteur, il ne lui appartient plus tout à fait. Il appartient à son public et aux différentes lectures qu’en font les lecteurs. Et ces lectures ne sont jamais les mêmes.

 

Vous avez dit que la version française de Houaria est une très bonne traduction. Quels sont les critères d’une traduction réussie, d’autant que le roman comporte de nombreuses expressions dialectales ?

 

Il faut essayer de retrouver le même registre de langue. Dans chaque langue, il existe différents niveaux : soutenu, courant, familier, etc. Il y a aussi des particularités propres à chaque individu, ce qu’on appelle les idiosyncrasies. Chaque personne possède sa manière de s’exprimer et son propre champ lexical.

Une bonne traduction doit se lire naturellement, sans que le lecteur ait constamment conscience qu’il s’agit d’une traduction. Elle ne doit être ni pédante ni excessivement étrangère. Il faut trouver un style fluide, qui permette au lecteur de retrouver la Russie dans un roman russe ou la Chine dans un roman chinois.

 

Peut-on recourir à l’intelligence artificielle dans la traduction littéraire ?

 

C’est un excellent outil pour la traduction scientifique, où elle peut permettre des avancées intéressantes. En revanche, dans le domaine littéraire, la froideur et la technicité de la machine ne permettent pas de restituer pleinement l’émotion.

J’ai suivi plusieurs thèses dans le domaine de la traduction et j’ai pu reconnaître immédiatement les passages réalisés à l’aide de l’intelligence artificielle.

 

Quel impact un prix comme le prix Assia Djebar peut-il avoir sur un roman ou sur son auteur ?

 

Cela dépend. Certains prix passent inaperçus, tandis que d’autres suscitent de véritables remous et font beaucoup parler d’eux. Un prix représente avant tout l’avis d’un jury.

Le fait qu’un livre soit sélectionné et figure parmi les ouvrages en lice est déjà intéressant. Cela signifie qu’il a rencontré un lectorat et suscité des échos positifs.

Les réseaux sociaux jouent également un rôle important. Un prix contribue à faire connaître un livre et incite les gens à le lire. Même la polémique peut encourager la lecture, et c’est tant mieux ! Il ne faut pas émettre un avis sur un livre sans l’avoir lu.