Autrice de « Salam Manifesto » Faïza Guène : « Se mettre en paix avec ce que l’on est »

À l’occasion d’une rencontre organisée, dimanche 1er Novembre, au stand des éditions Dalimen, en marge de la vente-dédicace de son dernier récit, Salam Manifesto, l’écrivaine Faïza Guène est revenue sur les motivations profondes de son écriture, le rapport à la mémoire familiale et la place des mots dans la construction de soi.

Un échange au cours duquel l’auteure a également expliqué le sens d’un titre qui porte, selon elle, une ambition universelle : celle de faire la paix avec ce que l’on est.

Évoquant son rapport à l’écriture, Faïza Guène a souligné la nécessité de préserver une mémoire familiale longtemps transmise essentiellement par voie orale. Dans son histoire, explique-t-elle, les générations précédentes n’ont pas eu la possibilité de consigner par écrit leur héritage. Cette absence de traces écrites fait naître chez elle le sentiment d’une responsabilité : celle de préserver une histoire qui risque de disparaître avec le temps et les ruptures liées à l’exil et au déracinement.

L’écrivaine tient toutefois à rappeler qu’elle ne place pas l’écriture au-dessus de la tradition orale. Elle considère cette dernière comme un héritage à part entière, porteur d’histoires et de transmissions. Son travail consiste ainsi à prolonger ce fil mémoriel et à en constituer une trace pour les générations à venir.

Abordant la dimension intime de son travail, Faïza Guène estime que l’écriture relève avant tout du ressenti et du sensible, au-delà du message ou de la réflexion que l’auteur souhaite transmettre. Elle y voit également un moyen de canaliser la colère face à l’injustice et à l’hostilité du monde. « Pour moi, c’est un cadeau et une bénédiction de disposer d’un outil qui me permet d’éteindre cette colère », confie-t-elle, considérant les mots comme un moyen de se réparer, mais aussi d’offrir aux lecteurs un espace de consolation. « Les mots sont le premier réconfort possible », souligne-t-elle.

Revenant enfin sur le titre Salam Manifesto, apparu très tôt dans le processus d’écriture, l’auteure précise qu’il traduit une aspiration profonde : non pas simplement appeler à la paix, mais inviter chacun à se réconcilier avec sa propre identité. Elle récuse, à ce propos, les discours qui réduisent les enfants de l’immigration à des questionnements identitaires permanents. « On sait très bien qui on est, on est des Algériens, il n’y a aucun problème », affirme-t-elle.

Au-delà des appartenances et des lieux de naissance, Faïza Guène revendique ainsi une dimension universelle de son propos. Son souhait est de rappeler que la paix commence aussi par l’acceptation de soi. Un message qui résume, à ses yeux, l’ambition essentielle de son récit : « Se mettre en paix avec ce que l’on est. »