
L’écrivain Yasmina Khadra a animé, mardi 3 novembre, à la salle Tahar-Ouettar du SILA, une rencontre littéraire dans le cadre du programme culturel de la 29e édition. À cette occasion, l’auteur est revenu sur son dernier roman, Le Prieur de Bethléem, paru en Algérie aux éditions Casbah, évoquant notamment les choix littéraires qui ont présidé à son écriture, sa portée symbolique et le regard qu’il porte sur la tragédie palestinienne. Une rencontre au cours de laquelle l’écrivain a également livré une réflexion sans concession sur l’état du monde, le silence de la communauté internationale et la responsabilité des intellectuels face aux drames humains.
L’auteur de L’Attentat a expliqué que l’écriture de ce roman répondait à la nécessité de trouver une forme littéraire à la mesure de la gravité du sujet. « Pour parler de la Palestine aujourd’hui, il me fallait quelque chose de plus simple, pour évoquer ce que la conscience humaine ne pourra jamais supporter », a-t-il expliqué, avant de dénoncer un monde qu’il juge profondément malade et marqué par la lâcheté. « La Palestine a prouvé que le monde est un monde faux, un monde dégénéré, un monde malade, un monde lâche », a-t-il lancé.
L’écrivain s’est également attardé sur la dimension idéologique de son récit, notamment à travers sa dénonciation du sionisme et de ses manifestations. « J’ai voulu revenir à cette idéologie qui fait que des gens se croient élus, supérieurs, appartenant à une nation à part. Alors que ce qu’ils font prouve qu’ils sont non seulement ordinaires, mais même assez pathétiques », a-t-il souligné. Pour lui, le roman devait mettre en lumière cette contradiction entre les prétentions à la supériorité et la réalité des actes commis. Il a également précisé que seuls cinq pays avaient traduit son dernier roman, déplorant un manque de courage intellectuel chez certains éditeurs à travers le monde.
Revenant sur la construction du livre, Yasmina Khadra a expliqué avoir recherché un style capable de traduire la puissance du malheur et de la tragédie. « Quand on veut parler d’un sujet, il faut trouver le style qui lui correspond. Je me suis tellement imprégné de cette réalité, tellement pollué par ce que j’ai vu et ressenti, qu’il me fallait une écriture à la mesure de cette souffrance », a-t-il expliqué.
Mais c’est surtout sur la situation en Palestine et la responsabilité morale du monde face aux atrocités que Yasmina Khadra a tenu à insister. Évoquant les images du drame diffusées quotidiennement, il s’est interrogé sur l’effacement progressif des valeurs humaines et sur l’indifférence d’une partie de la communauté internationale. « Aujourd’hui, le génocide se déroule au vu et au su de tout le monde. Alors, où est passée notre part d’humanité ? », s’est-il interrogé.
Pour l’auteur, l’inaction constitue en elle-même une forme de complicité. « Je n’aurais pas pu accepter d’être complice. Même si l’on ne participe pas à un génocide, le fait même de le savoir et de ne rien faire nous rend complices », a-t-il soutenu. Une conviction qui, selon lui, impose aux intellectuels et aux artistes de ne pas se dérober devant les responsabilités de leur époque.
Face à la tentation du renoncement, Yasmina Khadra revendique un optimisme sans faille. « Je suis un optimiste. Je m’interdis de désespérer », a-t-il affirmé, estimant que l’humanité conserve toujours une capacité de résilience, même après les pires catastrophes.