
L’espace « Esprit Panaf » a accueilli, mercredi 4 novembre, une rencontre organisée par le Centre national du livre autour du thème « Souveraineté culturelle et médiatique à l’ère de l’intelligence artificielle… L’identité nationale face aux algorithmes d’hégémonie ». Animée par l’universitaire Redouane Belkhiri, et l’auteur et journaliste Mansour Kaddour Benattia, cette rencontre a mis en lumière une même préoccupation, à savoir la souveraineté qui se joue désormais dans l’espace numérique, où les algorithmes orientent l’accès à l’information, façonnent les représentations et influencent les comportements.
Redouane Belkhiri a insisté sur la nécessité de « construire une souveraineté médiatique et culturelle fondée sur l’autonomie technologique, l’encadrement législatif et la production de contenus nationaux fiables ». Il a souligné l’importance de préserver la mémoire historique et le patrimoine matériel et immatériel, en évoquant les démarches de récupération des archives nationales et les efforts de reconnaissance internationale de différentes expressions culturelles algériennes, comme le raï, la Chedda tlemcénienne, l’Ahellil ou encore de la Sebeïba. Pour l’universitaire, cette préservation passe aujourd’hui nécessairement par « la numérisation et la constitution de bases de données nationales accessibles aux systèmes d’intelligence artificielle ». Car, « les algorithmes se nourrissent des données disponibles sur Internet. S’ils ne trouvent pas de matière locale fiable, ils se mettront à présenter la mémoire nationale », a-t-il averti. Il a ainsi plaidé pour le développement de modèles d’intelligence artificielle adaptés aux spécificités linguistiques algériennes, notamment l’arabe, tamazight et l’arabe algérien, ainsi que pour l’intégration de sources documentaires fiables afin de prévenir les erreurs et les falsifications historiques. L’intervenant a aussi proposé l’élaboration d’un pacte national sur l’éthique de l’intelligence artificielle et de l’édition numérique.
De son côté, Mansour Kaddour Benattia a abordé la question sous l’angle des nouveaux rapports de force culturels et médiatiques. Il a notamment relevé le caractère invisible et difficilement contrôlable des algorithmes, qui influencent les choix et les perceptions des utilisateurs. « Le téléphone, nous le voyons ; l’algorithme, nous ne le voyons pas. Le téléphone, nous l’éteignons, mais l’algorithme, personne ne l’éteint et personne ne le tient pour responsable », a-t-il fait remarquer. L’intervenant a mis en garde contre le biais algorithmique, qui favorise les langues et les cultures dominantes au détriment des autres, contribuant ainsi à la marginalisation de certains contenus et à la reproduction de stéréotypes. Face à ces menaces, il a défendu le rôle du livre comme instrument de résistance culturelle et de transmission de la mémoire collective. Contrairement aux contenus numériques soumis aux logiques de sélection algorithmique, le livre favorise, selon lui, la concentration, l’analyse et l’esprit critique. « La nation qui n’écrit pas sur elle-même est une nation sur laquelle d’autres écriront, et ils l’écriront comme ils le veulent et comme ils le désirent », a-t-il soutenu.