
« La Palestine, miroir de la conscience humaine »
Lors d’une conférence tenue dans le cadre du SILA, le politologue Hasni Abidi a présenté à la salle Ghassan Kanafani son ouvrage Le monde arabe vu par Donald Trump, tout en livrant une réflexion sur la crise morale que révèle la tragédie palestinienne. D’emblée, il a souligné l’importance pour l’Algérie de comprendre la manière dont les grandes puissances perçoivent le monde arabe, car les mutations géopolitiques actuelles ont un impact direct sur sa sécurité et sa stabilité.
Donald Trump et la diplomatie du marchandage
Abidi a dressé le portrait d’un président américain atypique, qui a transformé la politique étrangère des États-Unis en une logique de transaction. « Donald Trump ne croit ni aux institutions ni aux diplomates », a-t-il rappelé. Son approche repose sur la loyauté personnelle, les rapports de force et la conviction que « la paix se construit par la puissance ». Son livre analyse la vision de Trump sur les différentes régions du monde arabe, du Maghreb à la Palestine, montrant comment cette logique du « deal » a accentué les fractures internationales et l’érosion du droit.
La conscience humaine à l’épreuve de Ghaza
Au-delà de l’analyse politique, Abidi a centré son propos sur la conscience humaine, qu’il définit comme universelle, fondée sur l’éthique et la capacité de distinguer le juste de l’injuste. Or, selon lui, la guerre à Ghaza a révélé un effondrement moral global : les grandes puissances, censées défendre les droits humains, ont failli à leurs propres principes. Mais ce délitement a paradoxalement suscité un sursaut de conscience, notamment chez les jeunes en Occident, indignés par le silence de leurs gouvernements.
Un réveil citoyen mondial
Ce réveil, a-t-il expliqué, s’est exprimé à travers des mouvements spontanés d’étudiants, d’ONG, de dockers ou de simples citoyens refusant la passivité. Il a cité l’exemple des étudiants de l’Université de Genève, qui ont obtenu la suspension des accords avec des universités israéliennes, accusées de violer le droit international. Ce mouvement dépasse, selon lui, toute appartenance religieuse ou culturelle : « Ce n’est pas une cause arabe, mais un combat universel pour la justice. »
Les réseaux sociaux, nouveaux vecteurs de vérité
Face au silence ou à la partialité des grands médias occidentaux, les réseaux sociaux sont devenus les principaux espaces de contre-discours. « Les jeunes n’attendent plus le journal télévisé pour comprendre le monde », a souligné Abidi. Les images venues de Ghaza, destructions, famine, enfants blessés, ont réveillé les consciences plus efficacement que n’importe quel éditorial. Cette visibilité a déclenché une vague mondiale de solidarité que ni la censure ni la propagande n’ont pu contenir, poussant même certains États à tenter de restreindre des plateformes comme TikTok.
Palestine : un test moral pour les démocraties
Le politologue estime que la défense de la Palestine touche à l’essence même de la démocratie. « Quand on interdit de brandir un drapeau palestinien, ce n’est pas la Palestine qu’on fait taire, c’est la liberté d’expression », a-t-il déclaré. Selon lui, ce réveil citoyen révèle une inquiétude plus profonde : celle d’une démocratie occidentale affaiblie par le poids des lobbys et la subordination du politique à l’économie.
De la sidération à l’action
En conclusion, Hasni Abidi a souligné que la tragédie palestinienne a transformé la sidération collective en énergie morale. « Le sentiment d’impuissance a cessé d’être paralysant. Il est devenu moteur », a-t-il affirmé. Ce « réveil des consciences », né de l’horreur, marque selon lui le début d’un nouvel humanisme citoyen, fondé sur la responsabilité des peuples face à la défaillance des États.
« La Palestine, a conclu Abidi, a redonné un visage à la dignité humaine. Elle nous rappelle que la justice n’est pas un privilège, mais un droit universel. »