Une rencontre scientifique a débattu des moyens de développer la langue amazighe ..L’intercompréhension des variantes amazighes : une pédagogie de l’unité dans la diversité

Prendre la diversité linguistique et en faire une force — tel fut le mot d’ordre de la conférence sur l’intercompréhension des variantes amazighes, organisée mardi 4 novembre à la salle Assia Djebar, dans le cadre du Salon international du livre d’Alger (SILA).

Intitulée « L’intercompréhension entre les variantes de la langue amazighe : une nouvelle approche pour l’enseignement et la recherche », cette rencontre, initiée par le Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA), a réuni plusieurs spécialistes : Boudjelal Malek, linguiste à l’Université de Batna et spécialiste en dialectologie amazighe ; Lounis Ali, ancien inspecteur de la langue amazighe et auteur de nombreux manuels didactiques ; Oulha Yazid, enseignant-chercheur et cadre associatif à l’Université de Mascara ; ainsi que Badi Dida, sociolinguiste et chercheur au Centre national de recherche en langue amazighe (CNRLA).

Le mot d’ouverture a été prononcé par Assad Si El Hachemi, président du HCA, qui a rappelé l’objectif de la rencontre :

« Favoriser l’échange des visions et des réflexions autour des moyens de développer la langue amazighe et de renforcer sa place en tant que langue vivante, porteuse de notre profondeur civilisationnelle et de notre diversité culturelle et humaine. »

Selon lui, « la diversité des variantes de la langue amazighe constitue une richesse nationale, mais elle soulève aussi des défis liés à la compréhension mutuelle, à l’enseignement et à l’unification linguistique ». Le colloque entend donc aborder cette intercompréhension comme une approche scientifique et pédagogique durable, visant à transformer la diversité en levier de rapprochement et de complémentarité entre les locuteurs, dans le cadre d’une unité linguistique ouverte et inclusive.

Une langue, plusieurs variantes

Le linguiste Boudjelal Malek a rappelé que le tamazight compte aujourd’hui entre 15 et 17 géolectes, c’est-à-dire des dialectes régionaux :

« Nous avons une pyramide linguistique : au sommet, la langue tamazight, subdivisée en variantes — les géolectes — eux-mêmes composés de différents parlers correspondant à des régions ou des tribus spécifiques. »

Mais, selon lui, ces variantes reposent sur une base commune :

« Les peuples avec lesquels nous avons été en contact — Grecs, Romains ou Arabes — nous ont toujours perçus comme un seul peuple parlant une seule langue. Lorsqu’on apprend différents géolectes, on n’apprend pas plusieurs langues, mais bien la même, avec des variations. »

Littérature et transmission

L’enseignant-chercheur Oulha Yazid a présenté un projet mené conjointement par le HCA et l’association Numidia, combinant expérimentations scolaires, formations et ateliers linguistiques à travers le pays.
Ce programme a donné lieu à la publication de livres pour enfants et de bandes dessinées mettant en valeur les différentes variantes du tamazight et les traditions régionales.

Le président du HCA a également annoncé une centaine de candidatures pour le Prix du Président de la République pour la littérature et la langue amazighe, dont la cérémonie se tiendra le 12 janvier 2026 à Béni Abbès, à l’occasion du Nouvel An amazigh (Yennayer).

Académiser l’intercompréhension

De son côté, Lounis Ali a présenté des approches pédagogiques innovantes fondées sur la comparaison et la mutualisation : activités inter-dialectales, corpus partagés, supports audiovisuels interactifs…
Il a montré comment l’intercompréhension peut devenir un outil d’unité pédagogique, permettant de transformer la pluralité linguistique en atout d’apprentissage.

Enfin, le sociolinguiste Badi Dida a abordé les enjeux socioculturels de la diversité dialectale, notamment le débat autour de la codification du tamazight et du choix de la graphie — entre tifinagh, alphabet latin et arabe.