
Écrire pour le lecteur et tendre le micro à l’écrivain : c’est le parcours d’Ahmed Ali El Zein, journaliste et romancier libanais. Invité du 28ᵉ Salon international du livre d’Alger, il a partagé son expérience à la tête de l’émission Rawafed, devenue une véritable mémoire vivante des arts et des lettres arabes.
Faire de la presse culturelle un moyen de perpétuer l’amour du livre : telle est la mission qu’accomplit depuis vingt-quatre ans l’écrivain et journaliste libanais Ahmed Ali El Zein à travers son émission Rawafed, diffusée depuis 2003. Invité du 28ᵉ Salon international du livre d’Alger (SILA), il a livré au public un témoignage passionné sur le rôle de la télévision culturelle dans la défense du livre et des écrivains.
C’est au pavillon de la Palestine – Ghassan Kanafani – que s’est tenue la rencontre, modérée par le romancier algérien Waciny Laredj. Parmi le public figuraient la ministre de la Culture Malika Bendouda, l’écrivain Rachid Boudjedra, le commissaire du SILA Mohamed Igreb ainsi que le célèbre musicien libanais Marcel Khalifé.
“Beaucoup de gens dépensent chaque jour pour des achats inutiles, simplement parce qu’ils sont happés par leurs écrans. Pourquoi ne pas accorder le même espace publicitaire au livre ?”, a lancé Ahmed Ali El Zein.
Plutôt que de se plaindre du recul du lectorat, le journaliste appelle les médias à consacrer davantage de temps d’antenne à la littérature :
“Cinq minutes accordées à un écrivain et à son livre peuvent élargir considérablement son lectorat”, plaide-t-il.
L’écrivain derrière le journaliste
Modérateur de la rencontre, Waciny Laredj a tenu à rappeler la double identité de son invité :
“90 % des gens connaissent Ahmed comme figure de télévision, mais oublient qu’il possède un crédit littéraire solide, avec neuf romans à son actif”, a déclaré le romancier algérien, soulignant “un arbitraire” envers Ahmed Ali El Zein.
Un constat que l’intéressé reconnaît :
“Il est vrai que j’ai parfois ressenti cet arbitraire. Mais quiconque regarde Rawafed comprend que je ne suis pas un présentateur typique. Le présentateur est souvent standardisé, avec une équipe de production complète. Moi, je suis mon propre staff : je cherche, j’écris, je prépare tout.”
Cette polyvalence, estime-t-il, nourrit autant son regard journalistique que son écriture :
“Rawafed a enrichi mon imaginaire d’écrivain. J’ai voyagé dans de nombreuses villes, rencontré des centaines de personnes et je suis entré dans leurs maisons. Les récits de mes invités ont souvent inspiré mes personnages fictifs”, confie-t-il.
De l’écran à la page : un univers romanesque
La discussion a ensuite porté sur la trilogie d’Ahmed Ali El Zein, composée de Frontières de l’oubli, Suhbat al-Tayer et Barid al-Ghouroub. L’œuvre raconte la fuite d’un prisonnier après la destruction de sa prison, accompagné d’un chien — celui d’un ancien gardien — avec lequel il partage une errance faite de mémoire et de survie.
La ministre Malika Bendouda, ancienne invitée de Rawafed, a partagé une anecdote personnelle :
“Je ne savais pas qu’il était romancier avant de découvrir ses textes. Ce n’est pas un simple intervieweur. Il voit en nous des choses que nous ignorons. Après notre entretien, j’ai eu l’impression d’avoir vécu une véritable thérapie, car j’ai abordé des sujets que je ne voulais pas aborder au début.”
Et d’ajouter : “quand j’ai lu ses romans par la suite, j’ai été éblouie par sa plume. Je me suis demandé comment j’avais pu ne pas le connaître avant.”
À travers Rawafed, Ahmed Ali El Zein rappelle que la presse culturelle n’est pas un simple relais d’information, mais un acte de résistance face à la marginalisation du livre. Plus de deux décennies après son lancement, son émission demeure l’un des espaces télévisuels arabes les plus constants dans la défense de la littérature et de la pensée.