
Parce que la littérature jeunesse contribue à l’épanouissement et au développement de l’enfant, deux universitaires algériens ont partagé leurs réflexions sur le rôle des livres dans la transmission des valeurs patriotiques et culturelles.
Dans le cadre du 28ᵉ Salon international du livre d’Alger (SILA), la salle Assia Djebar du Palais des expositions des Pins Maritimes a accueilli, mercredi 5 novembre 2025, une conférence intitulée « Les symboles nationaux dans la littérature de jeunesse », modérée par le chercheur Saïd Benzerga.
L’enseignante Kheira Boukhari, de Sidi Bel Abbès, a ouvert le débat par une question essentielle : « Quelle est la première personne qui doit susciter l’intérêt du livre chez un enfant ? »
Pour elle, la réponse est claire : la mère. C’est elle qui, dès le plus jeune âge, peut familiariser son enfant avec le plaisir de la lecture, en partageant des moments de lecture vivante et attrayante. « Si la mère instaure des moments réguliers de lecture, elle peut aussi transmettre, à travers les livres, l’amour de la patrie et la connaissance de son histoire », explique-t-elle.
L’universitaire rappelle qu’autrefois, les grands-mères jouaient un rôle essentiel dans la transmission du patrimoine oral, racontant des histoires captivantes issues de la tradition algérienne avec une véritable théâtralité.
Pour Kheira Boukhari, le deuxième maillon de cette chaîne éducative est l’école algérienne, à travers ses trois paliers d’enseignement. L’histoire nationale, les héros de la Révolution, les chants patriotiques comme « Kassaman », ou encore les célébrations des fêtes nationales et religieuses, sont autant d’occasions de renforcer la conscience identitaire des enfants.
Elle regrette toutefois le manque d’initiatives dans le théâtre pour enfants. « L’enfant veut passer de la lecture à l’oralité. Des pièces de théâtre doivent être montées pour donner à nos jeunes des outils de compréhension de l’histoire de leur pays », souligne-t-elle.
Elle recommande également aux enseignants de créer des clubs de lecture et de privilégier les auteurs algériens.
À Sidi Bel Abbès, Kheira Boukhari a d’ailleurs fondé un club de lecture pour enfants, initiative récompensée par le Prix Khalifa pour l’éducation (Khalifa Award for Education), dans la catégorie projets et programmes éducatifs innovants, pour son projet « La Ville de la lecture et le Kit du lecteur d’excellence ».
« Ce projet vise à promouvoir la lecture et à développer une culture de l’excellence éducative à travers des outils pédagogiques créatifs et accessibles », précise-t-elle.
En conclusion, elle appelle les parents à surveiller les contenus consultés par leurs enfants sur les plateformes d’intelligence artificielle : « Il en va de la préservation de notre identité culturelle et nationale », avertit-elle.
« Les lecteurs d’aujourd’hui sont les dirigeants de demain »
Dans le même esprit, l’universitaire Saïd Yahia Bouhoune a rappelé que la lecture est le socle de toute formation intellectuelle et citoyenne.
« Les lecteurs d’aujourd’hui sont les adultes et les dirigeants de demain », affirme-t-il.
Selon lui, la lecture développe les compétences cognitives et la curiosité, permettant à l’enfant d’acquérir une culture et une conscience historique.
Il souligne que dès les années 1970, de nombreux auteurs algériens ont publié des ouvrages ludiques sur l’histoire nationale, ses batailles et ses héros. Toutefois, il regrette que certains héros ne soient mentionnés que de façon superficielle, sans mise en contexte biographique.
« Il faut faire découvrir aux enfants d’autres figures méconnues qui ont façonné notre histoire. À travers la connaissance des symboles nationaux, on inculque l’amour du pays », insiste-t-il.
Face à l’emprise des écrans, Saïd Yahia Bouhoune invite les parents à adapter les programmes de lecture selon l’âge des enfants et à les initier progressivement à la richesse de la civilisation algérienne.