Conférence sur l’État moderne de l’Émir Abdelkader.. Un héritage toujours vivant

Penseur soufi, homme d’État et chef militaire, l’Émir Abdelkader demeure une figure historique majeure du XIXᵉ siècle. Stratège hors pair, son ingéniosité politique et sa sagesse continuent de fasciner les chercheurs.


Une conférence intitulée « L’État algérien moderne de l’Émir Abdelkader : un héritage continu » s’est tenue dimanche 2 novembre 2025, dans le cadre du 28ᵉ Salon international du livre d’Alger (SILA), en présence d’éminents auteurs et universitaires.

Le professeur Djamel Yahiaoui, historien à l’université d’Alger II, a ouvert la rencontre en soulignant le rôle fondateur de l’Émir dans l’histoire nationale.


« L’Émir Abdelkader est un symbole de la résistance et l’inspirateur de nombreuses révoltes populaires », a-t-il rappelé. Pour lui, l’Émir a su façonner « une image de l’Algérie et de l’islam qui a émerveillé le monde ». 

Homme de lettres et de culture, il avait créé plusieurs bibliothèques et n’hésitait pas à sanctionner ceux qui manquaient de respect envers le livre.
Le professeur Yahiaoui a également plaidé pour la production d’un narratif national autour de cette grande figure :« Il est temps de publier les thèses universitaires sur l’Émir Abdelkader et de valoriser les témoignages et citations de personnalités mondiales qui ont salué son œuvre », a-t-il souligné.

L’écrivain Bouidjra Bachir Mohamed a, pour sa part, replacé l’État de l’Émir Abdelkader dans une longue continuité historique.
« Le premier État de l’histoire de l’Afrique du Nord fut la Numidie, avec Cirta comme capitale à l’Est et Béni Saf à l’Ouest. Puis vint l’État rostémide, au XIᵉ siècle, qui affirmait déjà une indépendance à la fois vis-à-vis de l’Orient et de l’Occident. L’Algérie possède un passé glorieux dans la construction d’États », a-t-il expliqué.

Revenant sur l’organisation militaire de l’Émir, l’auteur a souligné l’originalité de son approche :« Il a constitué son armée à partir de paysans et de campagnards, tout en sollicitant les services de techniciens étrangers venus notamment de Pologne et de France. »

Pour Bouidjra Bachir Mohamed, la portée de son action dépasse le cadre militaire. «L’Émir Abdelkader a peut-être perdu la bataille physique contre le colonialisme, mais il a remporté la bataille morale. La continuité entre les générations le prouve : un siècle plus tard, la Révolution algérienne s’est nourrie de sa mémoire et de son sacrifice. »

Le professeur Mustapha Khiati, auteur et chercheur, a mis en lumière l’aspect moderne et visionnaire de l’organisation de l’État de l’Émir.« Il était en avance sur son temps. Il avait structuré son gouvernement en plusieurs ministères, un cabinet, une armée organisée, et entretenait des relations internes et externes efficaces. » Autant de signes, selon lui, d’une pensée politique moderne, enracinée dans les réalités locales mais ouverte sur le monde.

D’autres historiens, dont Abed Soltana et Idir Hachi, ont également rappelé la pluralité des qualités de l’Émir Abdelkader : son humanisme, sa profondeur spirituelle, sa rigueur militaire, mais aussi sa lucidité politique face aux défis de son époque.