Mustapha Chérif, philosophe et islamologue « La diplomatie du pape est proche de notre diplomatie »

À l’occasion de la parution de son ouvrage Le Pape Léon XIV en Algérie, aux éditions Chihab, Mustapha Chérif revient sur la portée historique, spirituelle et diplomatique de la visite du souverain pontife en Algérie. Rencontré jeudi 29 octobre, lors d’une séance de dédicace au stand de son éditeur, le philosophe, islamologue et professeur émérite des universités, lauréat du Prix UNESCO pour le dialogue interculturel et du Prix Ducci pour la paix, évoque les enjeux du dialogue interreligieux, du respect mutuel et de la promotion d’une culture de paix. À travers cet essai-témoignage, il invite également les jeunes générations à faire du dialogue et de la connaissance de l’autre des valeurs essentielles.

Comment est née l’idée de consacrer un livre à la visite historique du pape Léon XIV en Algérie ?

Mustapha Chérif : Tout événement historique mérite d’être inscrit dans la durée, afin qu’il ne demeure pas un simple souvenir. Un livre permet de transmettre un message essentiel à la jeunesse : celui de la nécessité du dialogue entre les cultures, les religions et les civilisations. Personne ne détient le monopole de la vérité. Il faut apprendre à partager, à se connaître mutuellement et à échanger, car il n’y a pas d’avenir sans connaissance de l’autre. L’ignorance est l’une des principales causes des problèmes que nous rencontrons. La réussite de cette visite a été telle que, travaillant sur ces questions depuis plusieurs décennies, j’ai ressenti la nécessité d’écrire ce livre. J’ai voulu en restituer le sens profond et les enjeux, qui sont avant tout des enjeux de paix et de vivre-ensemble. Il s’agit également de proposer à la jeunesse des repères et un sens à donner à la vie, dans le respect des opinions et des convictions de chacun.

Cette visite semble concrétiser les valeurs et les réflexions qui traversent votre œuvre depuis plusieurs décennies. Peut-on y voir une forme d’aboutissement de votre démarche intellectuelle ?

Oui, exactement. C’est le vingt et unième livre que j’écris, et cette visite du pape me permet de revenir sur des questions fondamentales : le respect réciproque, l’amitié, la fraternité et le vivre-ensemble. Il n’y a pas d’alternative au vivre-ensemble en paix. Pour y parvenir, il faut combattre l’ignorance, maîtriser ses peurs et ne jamais recourir à la violence. C’est cela, la civilisation. Les religions, les cultures et les civilisations devraient précisément nous aider à apprendre à vivre ensemble dans la vérité, et non à nous enfermer sur nous-mêmes ou à rejeter autrui.

En quoi cette visite a-t-elle été, selon vous, une réussite, notamment pour l’image de l’Algérie à l’international ?

Certains préjugés et discours infondés ont cherché à ternir l’image de l’islam en général et de l’Algérie en particulier. Cette visite a permis, à mes yeux, de dissiper ces représentations négatives. Elle s’est déroulée de manière exemplaire. Le Saint-Père Léon XIV a reçu un accueil chaleureux, à la hauteur de l’événement. Cet accueil a montré la grandeur d’un pays capable de recevoir avec dignité une autorité morale de premier plan. Nous avons également constaté, et je le souligne dans mon livre, que la diplomatie du pape est proche de notre diplomatie. C’est une diplomatie qui ne cherche ni à vexer ni à blesser, mais à rassembler et à dire la vérité. Elle invite à se rencontrer, à réfléchir ensemble et à privilégier ce qui rapproche les peuples plutôt que ce qui les divise.