
« La littérature et le cinéma permettent de briser le blocus médiatique autour de la cause sahraouie »
Le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs de Saguia el-Hamra et Oued Eddahab (UGTSARIO), Nafi Ahmed Mohamed, revient sur le rôle de la littérature et du cinéma dans la défense de la cause sahraouie. Il évoque également les enjeux de la bataille médiatique, la place de la culture dans la résistance et les conséquences de la non-reconduction du mandat de la MINURSO.
Vous avez évoqué le rôle du livre et des écrivains sahraouis dans la défense de l’identité nationale face aux tentatives d’effacement. Quelle place accordez-vous à la littérature dans ce combat ?
La cause sahraouie, comme toutes les causes justes dans le monde, est confrontée à une guerre des récits et à des opérations de manipulation psychologique, aussi graves que les crimes et les violences subis par notre peuple. Dans ce contexte, les écrivains et les intellectuels ont une responsabilité particulière face à la propagande et au blocus médiatique.
Aujourd’hui, ceux qui conçoivent les algorithmes et définissent les règles de circulation de l’information exercent également une influence considérable sur le paysage médiatique mondial. Cette situation contribue à façonner les récits, à redorer l’image des colonisateurs et à marginaliser la voix du Sahara occidental, comme celles de la Palestine et d’autres causes à travers le monde.
La responsabilité des écrivains sahraouis est donc considérable. Elle est également partagée par des auteurs solidaires, y compris non sahraouis, qui ont contribué à faire connaître cette cause dans plusieurs langues. La littérature a permis de franchir les barrières du silence et du blocus, en donnant à voir la réalité d’un peuple qui refuse la résignation et fait de la résistance et de la détermination les fondements de son combat.
Au-delà de la littérature, le cinéma constitue-t-il également un moyen de faire connaître la cause sahraouie à l’échelle internationale ?
Le septième art est incontestablement un moyen important de défense des causes justes. La cause sahraouie a ainsi trouvé un écho dans le monde du cinéma, notamment grâce à l’engagement de personnalités reconnues, parmi lesquelles l’acteur Javier Bardem, ainsi que d’autres figures du cinéma international.
Il existe également une expérience singulière : le festival FiSahara, organisé dans les camps de réfugiés sahraouis. Cette initiative illustre la capacité du cinéma à devenir un vecteur de culture, d’identité et de plaidoyer. Les Sahraouis ont su faire de leurs caméras des instruments de résistance, comme en témoigne leur participation à différents festivals et manifestations cinématographiques à travers le monde.
Nous disposons également d’une expérience propre dans le domaine de la formation et de la production cinématographiques, avec une direction du cinéma et une école destinée à former des cadres dans ce secteur.
Comment analysez-vous le veto opposé par la Russie au projet de résolution américain sur la MINURSO et la non-reconduction du mandat de la mission qui en découle ?
La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental avait initialement pour objectif de préparer cette consultation en six mois. Or, ce délai s’est prolongé sur 35 années, sans que le référendum ait été organisé. Après toutes ces années, la mission semble avoir perdu une grande partie de sa raison d’être. Elle demeure notamment dépourvue de mandat relatif à la surveillance des droits de l’homme, alors que les violations commises par l’occupation marocaine à l’encontre des Sahraouis se poursuivent.
La dernière décision du Conseil de sécurité soulève ainsi la nécessité de préserver le cadre international de règlement de cette question et d’éviter toute tentative de détourner la cause sahraouie de son principe fondamental : le droit à l’autodétermination.
C’est dans ce contexte que nous considérons le veto russe. Il ne concerne pas uniquement la question sahraouie, mais rejoint également les revendications que l’Algérie a régulièrement défendues lors de ses précédents mandats au Conseil de sécurité, notamment la nécessité d’une réforme du système des Nations unies.