
Rencontrée en marge d’une rencontre littéraire qui lui était consacrée, au septième jour du Salon international du livre d’Alger (SILA), l’écrivaine, poétesse et universitaire Rabia Djalti revient, dans cet entretien, sur son rapport à l’écriture, ses sources d’inspiration et sa manière d’appréhender le monde.
Dans vos romans, la femme apparaît à la fois attachée aux traditions et au patrimoine, mais aussi moderne et d’une grande complexité. D’où vous vient cette inspiration ?
C’est vrai. La vie actuelle est complexe et la femme n’est plus celle qu’elle était autrefois. Elle ne correspond plus à cette image de la femme uniquement préoccupée par le mariage et l’or. La vie est devenue compliquée, particulièrement pour les femmes écrivaines.
Cela dit, mes romans ne parlent pas uniquement des femmes. J’y évoque également les hommes et la société dans son ensemble. La femme occupe une position secondaire dans notre société. Une société qui ne lui accorde pas la place qui lui revient est une société malade, qui mérite d’être sévèrement critiquée. À travers mes écrits, je cherche à comprendre comment les femmes et les hommes cohabitent.
Dans vos romans, vous donnez l’impression d’être à l’intérieur de votre récit tout en portant un regard extérieur et analytique sur les personnages et les situations. Qu’est-ce qui a forgé cette aptitude ?
Lorsque j’étais jeune, je lisais énormément. Nous avions notamment les livres de poche de la collection « Que sais-je ? ». Mon père m’encourageait à lire sur toutes sortes de sujets : la philosophie, les arts, la sociologie…
Je posais beaucoup de questions, mais les réponses ne m’intéressaient pas nécessairement. Les réponses sont relatives, tandis que les questions sont humaines. Mes romans sont une invitation à apprendre, à contempler et à questionner le monde.
L’Algérie est-elle toujours présente dans vos romans ?
Oui, toujours. Il est vrai que mes romans donnent à voir différents paysages, notamment en raison de mes nombreux voyages. D’ailleurs, ces déplacements ont fini par me fatiguer au point de m’inspirer un poème.
Je voyage depuis mon enfance et je continue à le faire aujourd’hui. C’est finalement la géographie qui s’impose à moi et qui nourrit mon écriture.
Le roman représente-t-il pour vous un travail exigeant et éprouvant, tandis que la poésie serait une pause, une forme de soulagement ?
Votre question est intéressante et très psychologique. Pour moi, le poème ressemble à une crise de larmes. On pleure aussi bien de joie que de tristesse.
Le roman, en revanche, consiste à s’intéresser au monde entier. Le poème est un ressenti, tandis que le roman est rationnel.