
Lors d’une rencontre organisée au Salon international du livre d’Alger à la salle Assia Djebbar chercheurs et historiens ont évoqué la richesse du patrimoine manuscrit algérien conservé en Afrique et son rôle dans la transmission du savoir à travers les siècles. La discussion a rappelé l’importance du recensement et de la préservation du patrimoine culturel, conformément à la loi 04-98 sur la protection du patrimoine en Algérie.
Un exemple emblématique a été cité : celui du Laboratoire des manuscrits algériens en Afrique, créé en 2012, qui œuvre à identifier et documenter les manuscrits d’origine algérienne ou liés à l’histoire intellectuelle du pays, conservés dans des pays tels que la Mauritanie, le Sénégal et le Nigeria.
Un héritage enraciné dans l’histoire commune
Prenant la parole, le professeur Moubarak DJaâfari a salué l’initiative du Salon et a rappelé que les manuscrits algériens présents en Afrique témoignent de liens culturels et spirituels pluriséculaires. « Ce patrimoine constitue un véritable pont entre l’Algérie et l’Afrique, un lien qui n’a jamais été brisé, même par l’immensité du Sahara », a-t-il souligné.
Selon lui, les échanges entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne remontent à l’époque préislamique, renforcés ensuite par la diffusion de l’islam et le rôle majeur des centres savants algériens tels que Tahert, Tlemcen et Béjaïa. Ces villes furent des foyers d’enseignement et de rayonnement intellectuel vers le Sud.
L’influence des confréries et des savants algériens
Le professeur Djaâfari a rappelé que la dimension spirituelle et soufie a contribué à renforcer cette relation. Des figures comme Cheikh Mohamed El-Maghîli ou Cheikh Omar El-Foutiyou ont transmis les enseignements de la Qadiriyya, puis de la Tijaniyya, fondée par Sidi Ahmed Tijani. Ces confréries, nées au Maghreb, ont essaimé dans toute l’Afrique de l’Ouest, consolidant un réseau d’échanges religieux et intellectuels.
De nombreux savants algériens tels que Abderrahmane El-Akhdari, Ahmed Ettlemçani El-Makari, Mohamed Ennacoub Et-Touati ou Abou El-Kacem Et-Touati ont laissé une empreinte durable dans les bibliothèques de Tombouctou, Gao, Kano ou Sokoto, où leurs manuscrits sont toujours conservés.
Comment les manuscrits ont-ils voyagé ?
Le déplacement des manuscrits algériens vers l’Afrique s’explique par plusieurs facteurs :
les routes du pèlerinage : les pèlerins d’Afrique de l’Ouest traversaient le Sahara en passant par Tuat, étape incontournable vers La Mecque, où se faisaient échanges de livres et de savoirs ; les caravanes commerciales : les savants-commerçants jouaient un rôle essentiel dans la diffusion des ouvrages, transportant avec eux des textes religieux, scientifiques et philosophiques ; les migrations savantes : de nombreux érudits algériens s’établirent dans les grandes cités africaines, participant à la vie intellectuelle locale.
L’orateur a également rappelé la célèbre expédition du roi Kankou Moussa du Mali (1324), relatée par les historiens Mahmoud Kati et Abderrahmane Saadi, qui traversa la région de Tuat sur la route du pèlerinage. Ces échanges, nourris par la foi, le commerce et le savoir, contribuèrent à diffuser la culture maghrébine et arabo-musulmane au sud du Sahara.
Selon le professeur Djaâfari, la circulation des manuscrits algériens en Afrique ne relève pas seulement du passé : elle demeure un symbole vivant de la continuité culturelle entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Ces écrits, recopiés, échangés et préservés, représentent des siècles de coopération savante.
« Chaque manuscrit retrouvé est une page de notre mémoire commune », a-t-il conclu, appelant à une coopération scientifique accrue entre les chercheurs algériens et africains pour inventorier, restaurer et numériser ces trésors.