Trente ans du haut-commissariat à l’amazighité ..Préserver et promouvoir le tamazight : entre institutionnalisation et diversité linguistique

Trente ans après la création du Haut-Commissariat à l’Amazighité (HCA), la langue tamazight poursuit son ancrage dans les institutions algériennes. Entre unification linguistique, valorisation du tifinagh et essor de la production littéraire amazighe, les défis demeurent nombreux pour consolider son statut de langue nationale et officielle.

— Le tamazight a été reconnu langue nationale en 2002 et langue officielle en 2016. Elle est désormais présente dans les écoles et les universités. Que reste-t-il à faire pour préserver cette langue ancestrale ?
Elle a été consolidée dans la Constitution de novembre 2020. Cela signifie qu’il faut inscrire le tamazight dans les dispositifs institutionnels, mais aussi dans l’ensemble du système de formation : école, enseignement supérieur et formation professionnelle. Il faut saluer le travail du HCA, institution présidentielle qui joue un rôle de passerelle avec de nombreux départements ministériels.

Ce qu’il reste à faire, c’est aménager la langue, unifier une norme standard pour l’aoriste et le futur, tout en respectant l’article 4 de la Constitution algérienne, qui appelle à promouvoir le tamazight dans toutes ses variétés linguistiques. D’où l’importance du thème abordé aujourd’hui : élargir la discussion et mûrir cette approche de convergence du tamazight.

C’est un processus de longue haleine, nourri par les réflexions issues des colloques scientifiques organisés par le HCA. À l’occasion de son 30ᵉ anniversaire, l’institution peut se prévaloir d’une expérience solide et d’une vision claire : bâtir un avenir florissant pour la langue amazighe. Cela passe par l’élargissement de sa prise en charge institutionnelle, notamment au sein du réseau universitaire. On compte aujourd’hui cinq départements de langues et cultures amazighes, quatre laboratoires de recherche et des sections de spécialisation à l’École supérieure des sourds-muets.
Il faut également développer l’apprentissage du tamazight pour les non-locuteurs, notamment les adultes, car cette demande sociale doit être accompagnée par un cadre institutionnel adapté.

Quelle est la place du tifinagh dans ce processus de préservation ?
Le tifinagh est un patrimoine national qu’il faut absolument valoriser. On ne peut pas le reléguer au second plan : il doit être codifié et intégré. Il existe une procédure claire pour cela ` : récupérer ce patrimoine, qui appartient à l’Algérie, notamment au Grand Sud, l’aménager et créer une passerelle d’acceptation auprès des populations concernées.

L’aménagement consiste à adapter le tifinagh aux différentes variantes et à codifier certains graphèmes. Cette problématique est bien prise en compte. Pour l’heure, l’État algérien adopte une polygraphie, permettant d’écrire le tamazight en trois alphabets : tifinagh, latin et arabe. Cette approche est d’ailleurs en usage depuis 1995 dans les manuels scolaires.
Nous poursuivons ce travail sans exclusion, pour promouvoir une langue qui, à l’origine, est essentiellement orale. Nous progressons dans toutes les variantes et options de transcription possibles. Il ne faut pas se précipiter : c’est un processus. La polygraphie constitue aujourd’hui une solution viable, mais un jour, il faudra trancher — d’abord sur le plan académique, puis politique.

Puisque nous sommes au Salon international du livre d’Alger (SILA) : vous avez évoqué une centaine de candidatures pour le Prix du Président de la République. Quelle place occupe aujourd’hui la littérature amazighe dans la production nationale ?
En effet, nous avons enregistré une centaine d’inscriptions via la plateforme dédiée à la compétition du Prix d’excellence du Président de la République, un dispositif valorisant la production littéraire, livresque, scientifique et numérique en tamazight.

Nous en sommes à la cinquième édition, et celles-ci ont démontré la richesse et la qualité de la production amazighe dans quatre grands axes : la linguistique, le patrimoine oral, la recherche scientifique et le numérique. Ces initiatives ouvrent de nouvelles perspectives pour la valorisation du tamazight.
Les défis sont encore nombreux, mais nous avançons avec une vision claire : faire du tamazight une langue pleinement vivante, moderne et partagée, porteuse de mémoire et d’avenir.