Mahmoud Aroua ressuscite Ibn Hamadush aux éditions Casbah..Portrait d’un savant algérien du XVIIIᵉ siècle

Mahmoud Aroua, médecin et romancier, vient de publier aux éditions Casbah un essai consacré à un érudit algérien du XVIIIᵉ siècle. Intitulé Ibn Hamadush Al-Djazaïri. Le savant solitaire au XVIIIᵉ siècle, l’ouvrage dresse le portrait d’un homme de science d’une rare curiosité, au destin discret mais exemplaire, qui s’est illustré dans le domaine de la médecine. Entre recherche documentaire et hommage personnel, l’auteur redonne vie à un penseur dont l’œuvre témoigne d’un esprit fin et observateur, animé par une quête de connaissance sans relâche.

C’est au fil de ses travaux sur l’histoire de la médecine que Mahmoud Aroua a découvert la trace de ce savant. Son nom apparaît dans l’Histoire de la médecine arabe de Lucien Leclerc, qui avait également traduit le traité de médecine d’Ibn Hamadush, Kashf al-Rumuz. Cette découverte a ouvert la voie à une véritable enquête intellectuelle. L’auteur s’est ensuite procuré les versions arabe et française de ce traité et s’est plongé dans le travail de recherche de l’historien Abu al-Kacem Saadallah, lequel avait retrouvé un manuscrit incomplet de la Rihla et l’avait publié en 1983 dans une version commentée.

Ce texte, qui ne couvre que quatre années de la vie d’Ibn Hamadush, révèle un observateur attentif du monde : il y décrit la nature, les animaux, les coutumes, les fêtes et les traditions. On y retrouve également des poèmes et même une forme de journal intime où Ibn Hamadush consignait son quotidien. Ce document unique offre un regard intérieur sur Alger durant la période ottomane, à rebours des récits d’étrangers, de voyageurs ou de diplomates.

Formé, comme beaucoup de ses contemporains, aux sciences religieuses, à la grammaire, à la littérature et à la jurisprudence, Ibn Hamadush se distingue par sa passion pour les sciences exactes : médecine, pharmacologie, mathématiques et astronomie. Il parcourait le monde à la recherche de maîtres et de savoirs. Son œuvre Kashf al-Rumuz n’est qu’un fragment d’un corpus initialement composé de quatre volumes, dont trois sont aujourd’hui perdus.

Issu d’une famille d’artisans tanneurs de la Casbah, Abderrezek Ibn Hamadush Al-Djazaïri a choisi une autre voie. Copiste et relieur, il passait sa vie à écrire, à observer et à documenter son temps. Sa démarche rigoureuse et son regard d’homme de science en font l’un des rares médecins algériens du XVIIIᵉ siècle à adopter une approche empirique, presque moderne, de la connaissance.

Pour Mahmoud Aroua, ce savant algérien demeure connu uniquement des chercheurs spécialisés et de quelques historiens de la médecine. Quelques thèses, des articles ou encore l’ouvrage du professeur Mostéfa Khiat, paru en 2023 à l’OPU et consacré à la pharmacopée, lui redonnent vie par fragments. Mais l’homme reste méconnu.

Avec ce livre, l’auteur souhaite offrir une passerelle pour la (re)découverte d’un esprit d’une grande ouverture et d’une intelligence remarquable. Dans cet ouvrage, préfacé par le défunt écrivain et journaliste Noureddine Louhal, Mahmoud Aroua propose également la traduction de quelques textes d’Ibn Hamadush, qui illustrent à la fois l’érudition, l’humanité et la modestie d’un homme en avance sur son temps.