
« L’Union africaine doit jouer un rôle plus affirmé sur le plan international »
Rencontré à l’issue de la conférence tenue à l’espace Frantz Fanon, Abdelkader Soufi revient, dans cet entretien, sur la question sahraouie et les enjeux géopolitiques qu’elle soulève.
Comment évaluez-vous le rôle de l’Union africaine dans la défense du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ?
Le Sahara occidental est un membre fondateur à part entière de l’Union africaine, qui soutient clairement le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. C’est un consensus partagé par la majorité des pays africains.
Cependant, je pense que l’Union africaine devrait assumer plus fermement ce rôle sur la scène internationale. Elle doit passer du simple soutien diplomatique à une action plus visible et plus efficace, notamment au sein des Nations unies.
Selon vous, quelles sont les raisons du recul de la couverture médiatique de la question sahraouie dans les médias internationaux ?
Les Sahraouis défendent leur cause avec des moyens très limités. Ils ne peuvent rivaliser avec un système médiatique international dominé, notamment, par l’influence française.
Il faut le rappeler : la crise du Sahara occidental est avant tout une construction française, et le Maroc n’est qu’un État vassal au service d’une vision coloniale réinventée.
Celui qui contrôle les médias contrôle aussi les récits. Le peuple sahraoui n’a pas bénéficié d’une tribune équitable pour faire entendre sa voix.
Même une partie de la presse arabe relaie davantage la thèse marocaine que la défense du droit du peuple sahraoui. Heureusement, certains États restent fidèles aux principes du droit international et à la Charte des Nations unies.
Peut-on parler d’une « guerre d’influence » entre grandes puissances autour du Sahara occidental ?
Absolument. Derrière cette question se joue une véritable lutte d’intérêts.
Pendant la guerre froide, les Sahraouis étaient présentés comme des « communistes », ce qui a conduit les États-Unis et le Royaume-Uni à soutenir le Maroc, perçu comme un allié du camp libéral.
Aujourd’hui, les enjeux sont d’une autre nature : la façade atlantique, du golfe de Guinée au Maroc, attire toutes les convoitises. C’est une zone stratégique, riche en ressources naturelles.
Les Français, notamment, cherchent à se repositionner en Afrique à partir du Maroc, en maintenant le Sahara occidental dans un statu quo favorable à leurs intérêts.
Quels sont, selon vous, les défis de la jeunesse sahraouie pour renouveler l’élan de sa résistance ?
Les jeunes Sahraouis sont pleinement conscients des enjeux de leur lutte. Ils s’impliquent avec courage et détermination.
Leur principal défi est de réussir à sensibiliser l’opinion publique internationale et à exercer une pression constante sur les États, afin que la question sahraouie retrouve la place qu’elle mérite dans le débat mondial.
Ils doivent aussi investir le champ numérique et médiatique pour contrer la propagande adverse et raconter eux-mêmes leur histoire.