
Le journaliste palestinien transforme la douleur de Ghaza en parole universelle
Le journaliste et écrivain palestinien Ahmad Al Naouq, originaire de Ghaza et aujourd’hui installé à Londres, a pris la parole dans la salle Ghassan Kanafani du Salon international du livre d’Alger (SILA) pour présenter son ouvrage Nous ne sommes pas des chiffres.
C’était, a-t-il confié avec émotion, sa première visite en Algérie.
« L’Algérie est un pays très cher au cœur des Palestiniens. Votre histoire est pour nous une source d’inspiration : malgré plus d’un siècle d’occupation et des millions de martyrs, vous avez retrouvé votre liberté et votre dignité. Vous nous donnez espoir »,
a-t-il déclaré, sous les applaudissements nourris du public.
De la douleur à la parole
Ahmad Al Naouq est revenu sur son parcours personnel, profondément marqué par la guerre de 2014 à Ghaza.
Il se souvient du jour où il a appris que six Palestiniens venaient d’être tués par l’armée israélienne. Quelques heures plus tard, il découvrait que parmi eux se trouvaient ses amis et son propre frère.
« Ce jour-là, j’ai compris que derrière chaque chiffre dans les médias se cachent des vies, des visages, des rêves »,
a-t-il confié.
Cette tragédie lui a révélé le regard déshumanisant porté sur son peuple :
« Dans les médias occidentaux, nous ne sommes que des nombres. Personne ne parle de nos histoires, de notre enfance, de nos ambitions. Mon frère, pour moi tout un monde, est devenu un simple chiffre dans une dépêche. » Poussé par une amie, il a décidé d’écrire son histoire en anglais. « Je croyais que le monde ne voulait pas nous entendre. Mais j’ai découvert que beaucoup de gens, en Occident, sont prêts à écouter, à comprendre et à soutenir la cause palestinienne »,
a-t-il raconté.
Naissance du projet “We Are Not Numbers”
De cette expérience est né le projet We Are Not Numbers, un réseau de jeunes auteurs palestiniens formés à raconter leurs histoires dans plusieurs langues, pour redonner un visage humain à la réalité de Ghaza. « Nous voulons montrer que les Palestiniens ne sont pas seulement des victimes, mais aussi des créateurs, des artistes, des héros du quotidien. Ghaza n’est pas qu’un champ de ruines : c’est une terre de culture et de beauté »,
a expliqué Al Naouq.
Grâce à cette initiative, des centaines de jeunes écrivains ont pu publier leurs récits dans la presse internationale. « Derrière chaque statistique se trouve une vie pleine de lumière. C’est cette humanité que nous voulons transmettre »,
a-t-il ajouté.
La guerre invisible : les blessures psychologiques
Ahmad Al Naouq a également abordé un aspect souvent passé sous silence : les traumatismes psychologiques engendrés par la guerre.
« La guerre ne tue pas seulement les corps. Elle détruit quelque chose à l’intérieur de nous : nos émotions, notre confiance, notre manière de voir le monde »,a-t-il déclaré.
Il a raconté comment la perte successive de proches, notamment lors des bombardements récents, a laissé des blessures invisibles mais durables. « Beaucoup refusent la thérapie, non par fierté, mais parce qu’ils estiment que personne, hors de Ghaza, ne peut vraiment comprendre notre douleur. »
L’espoir comme résistance
Malgré la souffrance, Ahmad Al Naouq a conclu sur une note d’espérance :« Nous refusons d’être de simples victimes. Nous sommes un peuple debout, créatif, capable de transformer la douleur en message universel. »
À travers son témoignage et son œuvre, le journaliste rappelle que la Palestine n’est pas une statistique, mais une histoire collective faite d’amour, de mémoire et de résistance.