Akli Ourad, « De Londres à Jérusalem, terreur promise » 

« Ghaza m’a fait devenir écrivain » 

Auteur algérien installé à Londres, Akli Ourad s’est fait connaître avec son livre consacré à la Palestine, « De Londres à Jérusalem, terreur promise » né d’une profonde indignation face à la tragédie de Ghaza. Dans cet entretien, il revient sur les raisons qui l’ont poussé à écrire, sur son regard critique envers le monde occidental et sur son engagement littéraire en faveur de la justice.

Vous avez écrit un livre sur la Palestine qui a connu un grand succès. Pourquoi avez-vous eu l’idée d’écrire ce livre, vous qui n’êtes pas écrivain ni journaliste de formation ?

C’est Ghaza. S’il n’y avait pas eu Ghaza, je n’aurais jamais écrit ce livre, je ne serais peut-être jamais devenu écrivain. D’ailleurs, avec un seul livre, on ne peut pas encore se dire écrivain, il faut en écrire plusieurs. Mais je suis en train d’écrire le deuxième.

C’est donc Ghaza qui m’a poussé à écrire. C’est la colère. Une colère face à ce crime abominable, à ce que j’appelle un génocide indirect. Je me suis dit : « Je connais certaines choses, j’ai vu certaines choses, il faut que je les raconte. »

J’ai voulu témoigner pour mes compatriotes. Les lecteurs l’ont d’ailleurs compris : c’est un Algérien qui a écrit ce livre pour des Algériens. J’ai voulu expliquer ce qu’est réellement le sionisme, ce qu’est Israël de l’intérieur, et ce qu’il fait subir aux Palestiniens.

Beaucoup de gens connaissent la cause palestinienne de manière superficielle. En Algérie, nous soutenons traditionnellement la Palestine, en raison de notre propre histoire, de notre rapport à la colonisation et à la lutte pour la dignité. Mais nous connaissons mal ce qui se passe concrètement sur cette terre.

Donc, votre livre est avant tout un témoignage personnel ?

Oui, c’est un témoignage vivant, vu de l’intérieur du système sioniste.

Vous vivez à Londres, une ville historiquement engagée dans les luttes contre l’injustice, notamment celle contre l’apartheid sud-africain. Comment percevez-vous aujourd’hui la solidarité avec la Palestine au Royaume-Uni ?

Londres a toujours été un lieu important pour les mouvements de solidarité. C’est là qu’a commencé le véritable soutien à l’ANC et à Mandela. Vous vous souvenez sûrement du grand concert à Wembley, auquel ont participé de nombreuses célébrités internationales. Peu après, Margaret Thatcher a fini par changer d’avis et a soutenu la résolution de l’ONU condamnant l’apartheid.

Donc, cela ne m’étonne pas que Londres soit encore aujourd’hui à l’avant-garde de ce que j’appelle une crise de conscience internationale. Je parle ici du peuple, de l’opinion publique, parce que les gouvernements, eux, sont souvent sous influence.

Il faut savoir qu’une grande partie des députés britanniques ont vu leur campagne financée par des lobbys pro-israéliens, y compris le Premier ministre. Dans ce contexte, il est très difficile pour eux de soutenir la Palestine ouvertement. En réalité, ce n’est pas Ghaza qu’il faut libérer : c’est le monde occidental. Le seul endroit où les gens sont encore libres, d’une certaine façon, c’est Ghaza.

Comment imaginez-vous l’avenir de la Palestine, au vu de la tragédie actuelle ?

Il est vrai qu’en voyant ce qui s’est passé à Ghaza, on peut facilement devenir pessimiste. Mais en même temps, ce qui se passe est un événement mondial, total. La question palestinienne est redevenue le cœur des conflits dans le monde entier. Le monde a compris qu’il ne peut pas y avoir de justice internationale tant que cette question n’est pas résolue. Et cela, c’est porteur d’espoir.

Mais rien n’avancera tant que l’extrême droite restera au pouvoir en Israël et qu’elle sera soutenue par les États-Unis. Le soi-disant plan de paix de Trump, par exemple, n’était pas fait pour libérer les Palestiniens, mais pour sauver Israël, dont le projet sioniste commençait à s’effondrer. Le Hamas a révélé au monde le vrai visage du sionisme. Le monde a vu la brutalité, la violence, l’animalité du système colonial israelien. Et certains ont voulu sauver ce système. Il faut se souvenir que c’est la deuxième fois que Trump a « sauvé » Israël. Quelques semaines auparavant, il l’avait déjà protégé de l’Iran. Mais la vérité, c’est qu’Israël a perdu deux fois : contre l’Iran, et contre le Hamas.

Quel est le titre de votre prochain livre ?

Il s’intitulera Un Algérien sans frontières. Il sera publié très bientôt chez Casbah Éditions. Je n’ai pas pu le terminer avant, mais il est presque prêt. Ce sera un recueil d’histoires et de situations que j’ai vécues un peu partout dans le monde.