
Des chercheurs Mauritaniens retracent les échanges savants et mystiques entre les deux pays
Les relations entre l’Algérie et la Mauritanie ne se limitent pas aux échanges diplomatiques contemporains. Elles plongent leurs racines dans une histoire spirituelle et intellectuelle séculaire, façonnée par les oulémas, les confréries et les routes caravanières.
C’est ce qu’a rappelé une conférence organisée dans le cadre du Salon international du livre d’Alger (SILA), animée par le chercheur Dedoud Ould Abdellah et l’écrivain Yahia Ould Baraa, lauréat du Prix Chinguitt, la plus haute distinction culturelle de Mauritanie. La rencontre a été modérée par Khalil Ould al-Nahwi, président du Conseil de la langue arabe en Mauritanie.
Des racines communes
Dedoud Ould Abdellah a ouvert la rencontre en évoquant Biskra, qu’il considère comme l’un des points focaux des relations entre les deux pays. C’est dans cette ville du Sud algérien que repose Okba Ibn Nafaâ, figure majeure de l’expansion islamique au Maghreb et symbole fondateur du lien spirituel entre l’Algérie et la Mauritanie.
Selon le chercheur, la descendance d’Okba s’est installée entre le Sud algérien et la Mauritanie, traçant les routes caravanières qui reliaient les deux régions. Son petit-fils, Abderrahmane ben Abou Oubeida ben Okba, aurait joué un rôle décisif dans l’essor du commerce transsaharien et dans la diffusion des savoirs religieux et linguistiques.
Dedoud Ould Abdellah appuie sa démonstration en soulignant les liens linguistiques et toponymiques : plusieurs noms de villes se retrouvent de part et d’autre du Sahara — Tiaret, Adrar, Aïn Sefra, Tihart — autant de traces d’un espace culturel et spirituel partagé, où les échanges n’ont jamais cessé malgré l’immensité du désert.
La ville de Tlemcen apparaît, elle, comme un point d’ancrage majeur des dynamiques religieuses et intellectuelles. Elle a vu naître et rayonner de nombreux oulémas qui ont façonné la pensée spirituelle du Maghreb.
« Une rencontre a eu lieu entre le grand ouléma Boumediene el Ghaouth et Cheikh Abdelkader Djilani sur le mont Arafat, en l’an 550 de l’Hégire. Cet événement marque le début de la marche de la confrérie Qadiriyya, qui s’étendra ensuite à la Mauritanie et à tout le Maghreb », a rappelé Dedoud Ould Abdellah.
Un héritage scientifique et spirituel partagé
L’écrivain Yahia Ould Baraa, auteur de plusieurs travaux sur ces relations séculaires, a rappelé que, malgré l’étendue du Sahara, les savants et les étudiants des deux pays ont entretenu des liens durables à travers les voyages d’étude, le commerce et le soufisme.
« L’Algérie, avec ses grandes cités savantes comme Tlemcen, Béjaïa ou Annaba, a longtemps été un centre d’influence intellectuelle pour la région. Ses oulémas ont marqué la pensée islamique bien au-delà de ses frontières. Des figures comme Al-Akhdari, Al-Thaalibi, Al-Ghabrini, Cheikh Abdelkrim El Maghili, Ibn Muti al-Zawawi ou Ahmad ibn Yahya al-Wansharisi ont influencé la Mauritanie, le Maghreb et même le Soudan », souligne-t-il, précisant que « leurs ouvrages sont encore enseignés aujourd’hui dans de nombreuses écoles et universités du monde arabe ».
La présence de ces chercheurs à la 28ᵉ édition du SILA témoigne de la volonté des deux pays de raviver l’héritage d’un espace maghrébin uni par la foi, la langue et le savoir, et de redonner vie à une mémoire intellectuelle partagée qui transcende les frontières modernes.