Au cœur du débat au SILA..Le Sahara Occidental : une question de décolonisation avant tout 

Dans le cadre du programme culturel du SILA, l’espace Palestine–Ghassan Kanafani a accueilli, jeudi 6 novembre, une rencontre consacrée à la question sahraouie. Modérée par Nafi Ahmed Mohamed, elle a réuni l’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en Algérie, Khatri Addouh, ainsi que le journaliste et auteur Mustapha Aït Mouhoub, président du Réseau des journalistes algériens solidaires avec le peuple sahraoui.
La rencontre a permis d’aborder les enjeux d’un conflit qui dure depuis un demi-siècle, mais aussi la manière dont la communauté internationale et les médias traitent — ou invisibilisent — cette question de décolonisation.

Auteur du livre Sahara occidental. Un peuple brûlant de libération, Mustapha Aït Mouhoub est revenu sur la genèse de son ouvrage, né du choc provoqué par le génocide en cours à Gaza et par le traitement partial qu’en ont fait les médias internationaux. Selon lui, avant le 7 octobre 2023, l’Ukraine occupait le devant de la scène médiatique mondiale, mais les événements survenus à Gaza ont bouleversé cet ordre des priorités, révélant au grand jour l’indécence et l’injustice du traitement réservé au peuple palestinien.
Pour le journaliste, il existe un parallèle évident entre la Palestine et le Sahara occidental, « deux colonisations qui illustrent le visage hideux de l’impérialisme et du néocolonialisme ».

L’intervenant a également évoqué ce qu’il a appelé, dans son livre, la stratégie d’« invisibilisation » appliquée à la question sahraouie, « comme ce fut le cas pour la Palestine avant le 7 octobre ». Selon lui, l’absence du Sahara occidental dans les débats internationaux n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’une volonté politique consciente de « périphériser les peuples colonisés » et de maintenir une hiérarchie des causes selon les intérêts des puissances. Il a dénoncé une politique internationale fondée sur un usage sélectif des principes du droit et de la légalité internationale.

Commentant la dernière résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée le 31 octobre, Mustapha Aït Mouhoub a souligné la « contradiction substantielle du texte ». Selon lui, « il y a eu une volonté de se détourner de la légalité internationale, mais heureusement, cela n’a pas abouti ». Pour le journaliste, la situation actuelle relève d’une « colonisation par procuration », comparable à celles du Timor-Leste ou de la Namibie, où « des puissances occidentales siphonnent les ressources du peuple sahraoui en utilisant le Maroc comme relais ».

De son côté, l’ambassadeur sahraoui Khatri Addouh a estimé que la résolution onusienne a « replacé au centre la question sahraouie » et réaffirmé que toute solution durable ne peut être envisagée que « dans le respect de la volonté du peuple sahraoui ». Il a invité à lire attentivement la première mouture du texte pour mesurer les différences avec la version finale adoptée.

Khatri Addouh a établi un parallèle entre la tentative d’étouffer la cause sahraouie et « l’attitude du colonisateur marocain, qui s’emploie depuis le début à falsifier l’histoire ».
« Le système expansionniste a utilisé l’histoire pour cacher l’histoire », a-t-il résumé.
Évoquant la réaction du Maroc, qui a tenté de déformer le contenu de la résolution, l’ambassadeur a rappelé que, même après l’avis rendu le 16 octobre 1975 par la Cour internationale de justice — concluant à l’absence de tout lien de souveraineté territoriale entre le Maroc et le Sahara occidental —, le roi marocain de l’époque avait « travesti le sens du verdict en prétendant que la CIJ avait tranché en faveur du Maroc ».
Ce mensonge, a-t-il ajouté, a ouvert la voie à « la marche verte », qu’il qualifie de « mise en scène destinée à envahir un territoire qui n’était pas le sien ».

« L’invasion militaire a été masquée à l’époque, mais cinquante ans plus tard, la même stratégie reste à l’œuvre », a affirmé l’ambassadeur.
Pour lui, la question du Sahara occidental demeure avant tout une question de décolonisation, et la dernière résolution onusienne doit être saisie comme « une occasion de revenir à la source du problème et de replacer la cause sahraouie au centre de la scène internationale ».