
À la faveur du 28ᵉ Salon international du livre d’Alger, le pavillon de la Palestine – Ghassan Kanafani – a abrité, vendredi 31 octobre 2025, une rencontre consacrée aux points communs entre la musique algérienne et mauritanienne.
Modéré par le professeur d’histoire mauritanien Ahdhana Mahamadou, le débat a réuni quatre universitaires : Dadoud weld Abdellah, Diakite El Cheikh Seck, El Kadi Mohamed Ayeninya et Ddouh weld Benyouq. Tous ont mis en lumière une même idée : la musique mauritanienne est une fusion harmonieuse de traditions orales arabo-berbères et subsahariennes.
Elle se distingue par une poésie chantée et des instruments typiques, tels que le tindi et l’ardin. Cette musique repose sur quatre modes fondamentaux, chacun exprimant une émotion particulière notamment les quatre modes musicaux correspondant à des émotions distinctes à savoir le Karr (la joie, pour les chants de louanges), Faghou (la bile, pour les chants guerriers et l’expression de courage et de fierté), Siguim (la sensibilité, pour exprimer des sentiments) et Beigi (la tristesse ou la souffrance).
Selon Dadoud Ould Abdellah, ces modes s’articulent autour de trois couleurs symboliques : le-khal (noir), le-biadh (blanc) et zrag (tacheté). « Le chant est organisé de manière codifiée, avec des enchaînements limités à chaque voie, favorisant une unité par proximité », a-t-il précisé.
Les intervenants ont également souligné que le Sahara constitue un espace commun à la Mauritanie et à l’Algérie, marqué par des enjeux à la fois géographiques, culturels et économiques. Les populations sahariennes – notamment les Touaregs et les Maures – partagent un même mode de vie, des langues et des traditions façonnées par les conditions du désert.
« Ces groupes entretiennent des liens culturels et historiques qui transcendent les frontières nationales », a rappelé El Kadi Mohamed Ayeninya.
L’un des autres points d’ancrage entre les deux pays demeure l’usage de El Hassanya, un dialecte arabe parlé en Mauritanie et dans le sud de l’Algérie, mais aussi dans d’autres régions du Maghreb et du Sahel.
« El Hassanya est le dialecte arabe prédominant en Mauritanie, utilisé par les Mauritaniens arabophones de naissance. En Algérie, il est présent dans plusieurs zones sahariennes, en complément de l’arabe algérien standard », ont expliqué les conférenciers.
Selon eux, la musique mauritanienne et algérienne, à travers El Hassanya, représente un reflet vivant des identités culturelles et des traditions partagées, témoignant d’influences multiples et d’une mémoire commune.
Diakite Cheikh Seck a par ailleurs rappelé qu’en juin dernier, Alger avait accueilli la manifestation « Alger, capitale de la culture hassanya 2025 », un événement majeur illustrant la profondeur des liens unissant l’Algérie, la Mauritanie et le Sahara occidental. Il a ajouté que de jeunes poètes algériens avaient été invités à participer à des rencontres culturelles en Mauritanie, tout comme des auteurs mauritaniens et algériens se retrouvent régulièrement lors d’événements culturels à l’étranger. « Des liens fraternels et amicaux se sont tissés au fil du temps », a-t-elle conclu.