Centenaire de la naissance d’Abdelhamid Benhedouga .. Hommage à une voix essentielle de la littérature algérienne

La grande salle de conférences Assia-Djebar a accueilli, vendredi 31 octobre, un hommage empreint d’émotion et de reconnaissance à Abdelhamid Benhedouga, fondateur du roman algérien d’expression arabe, à l’occasion du centenaire de sa naissance.
La rencontre, modérée par Aldjia Mouadae, a réuni l’écrivain Waciny Laredj, l’universitaire Samia Driss, l’auteur Bakhti Difallah ainsi qu’Anis Benhedouga, le fils du défunt. Ensemble, ils ont revisité une œuvre dense, avant-gardiste et d’une profonde portée culturelle et sociopolitique, abordée, selon la modératrice, « non pas seulement comme un acte de mémoire et de fidélité envers le fondateur du roman algérien d’expression arabe, mais également comme une voix essentielle qui continue de nous interroger sur notre présent ».

Waciny Laredj, qui fut proche de Benhedouga, a dressé le portrait d’un homme d’exception, lucide et visionnaire, en appelant à une réflexion collective sur les moyens d’assurer la continuité de son héritage. « Il est important de s’interroger sur la manière de faire connaître cet écrivain, qui possédait une culture universelle, aux jeunes générations », a-t-il déclaré, tout en rappelant que Benhedouga avait eu la chance d’être « un fondateur ».
L’écrivain a cité les œuvres antérieures d’Ahmed Réda Houhou (1947) et de Noureddine Boudjedra (1957), tout en soulignant que « Benhedouga a donné une identité à l’art romanesque », réussissant à en catalyser toutes les composantes et à imposer une véritable architecture du récit.

L’auteur du Livre de l’Émir a également insisté sur la nécessité d’une lecture « approfondie et observatrice » de l’écriture romanesque d’expression arabe. Évoquant Al Djaziya wa Darawich, il a décrit ce texte comme « un roman singulier qui expose la réalité au-devant », œuvre écrite à la fin de la vie de l’auteur.
Waciny Laredj a plaidé pour que Benhedouga retrouve sa place dans les manuels scolaires, aux côtés d’autres grands écrivains qu’il faut également réhabiliter, à l’instar de Kateb Yacine et Tahar Ouettar. Il a aussi tenu à saluer la mémoire du traducteur Marcel Bois, qui avait traduit une grande partie des textes algériens majeurs, dont ceux de Benhedouga, et « qui a laissé la littérature orpheline depuis sa disparition ».

L’universitaire Samia Driss a, pour sa part, analysé l’écrivain à travers deux prismes : celui du romancier et celui du nouvelliste. Elle a rappelé la polyvalence d’un auteur qui maîtrisait le roman, la poésie, la nouvelle, le théâtre radiophonique, la littérature jeunesse, le journalisme et la traduction, tout en considérant que Al Djaziya wa Darawich représente « l’apogée de la création » de Benhedouga — une œuvre qui incarne « l’unité de la culture algérienne et la réconciliation avec ses composantes », tout en témoignant d’une compréhension profonde du monde qui l’entourait.

L’écrivain Bakhti Difallah a évoqué avec émotion l’influence directe de Benhedouga sur son propre parcours. Il a révélé que le titre de son roman Rih Al-Djounoun est une référence assumée à Rih Al-Djanoub, œuvre phare de Benhedouga, adaptée au cinéma par Mohamed Slim Riad en 1975. Comparant le film au roman, il a souligné que, malgré une fin plus optimiste à l’écran, « le roman portait une conscience philosophique » que l’adaptation avait su préserver.

Prenant la parole, Anis Benhedouga a livré un témoignage empreint de mémoire et d’héritage. Il a rappelé que son père appartenait à « une génération qui a vécu les deux guerres mondiales, la colonisation et la décennie noire » — une génération forgée dans la douleur et la résilience.
« Il disait toujours qu’il était chanceux parce qu’il venait d’une famille d’intellectuels. Mon grand-père possédait une grande bibliothèque qui a été brûlée durant la colonisation. Mon père a tenté de la reconstituer après l’indépendance et je poursuis ce travail aujourd’hui. Nous avons réussi à restituer quelque 3 000 titres, et je continue », a-t-il confié.

Disparu le 26 octobre 1996, Abdelhamid Benhedouga a laissé une œuvre majeure qui a marqué durablement la littérature algérienne. Cent ans après sa naissance, son écriture continue de dialoguer avec les époques, d’interroger la société et d’inspirer les nouvelles voix littéraires. Cet hommage, placé sous le signe de la reconnaissance et de la fidélité, a rappelé avec force que l’œuvre de Benhedouga demeure une part vivante de la mémoire littéraire nationale.