CONFÉRENCE SUR LE CONTEUR .. Un patrimoine vivant à préserver, archiver et transmettre 

L’espace Esprit Panaf, situé au pavillon central et baptisé cette année du nom du penseur
Frantz Fanon, dont 2025 marque le centenaire de la naissance, a accueilli, le jeudi 30
octobre, une conférence intitulée « Le conteur et la sauvegarde du patrimoine et de la
mémoire populaire ». Modérée par la conteuse Sihem Kennouche, cette rencontre a
rassemblé des chercheurs et praticiens du conte venus explorer la place du conteur dans la
société, son rapport à son art et la manière dont le récit oral contribue à préserver la
mémoire collective.
Les intervenants Abdelhamid Bourayou, Laid Djellouli, Nora Aceval et Zoubeida Mameria ont
chacun, à leur manière, mis en lumière le rôle essentiel du conteur comme gardien du
patrimoine immatériel. Le professeur Abdelhamid Bourayou a rappelé que le « meddah » est
le terme algérien exact pour désigner le conteur, contrairement à « hakawati », une
appellation venue du Moyen-Orient. Tout en reconnaissant que cette terminologie
étrangère peut être comprise comme « fédératrice », il a insisté sur l’importance de valoriser
les spécificités locales. Revenant sur son parcours dans la littérature populaire, il a évoqué
son magistère soutenu au Caire en 1978, fruit d’une vaste enquête de terrain menée dans
les wilayas de Biskra et d’El Oued, où il a collecté des contes traditionnels. Selon lui, ces
récits s’adressent autant aux enfants qu’aux adultes et les contes merveilleux sont ceux qui
expriment le plus profondément les valeurs humaines.
Pour M. Bourayou, « il faut renouveler le rôle du conteur et archiver le patrimoine national
».
Le professeur Laid Djellouli a pour sa part analysé les fonctions du conteur, qu’il a classées
en trois catégories : la fonction éducative et culturelle, la fonction de divertissement et la
fonction de documentation. Tout en observant que les technologies de l’information ont
profondément modifié le rapport au récit oral, il a estimé que le conteur doit désormais
s’approprier ces nouveaux espaces d’expression et s’adapter aux outils contemporains pour
continuer à transmettre son art.
L’autrice et collectrice de récits Zoubeida Mameria, qui a réuni plus d’un millier de contes, a
partagé son expérience et rappelé que le conte, autrefois, se racontait avant tout dans le
cadre familial. Elle a également averti que « l’oralité est appelée à disparaître si on ne la
préserve pas ». Pour elle, le conte n’est pas un simple divertissement mais un vecteur de
sagesse : « les histoires sont porteuses de philosophie ». Elle a également insisté sur la
dimension populaire de la langue, affirmant que « le conte ne se raconte pas dans la langue
savante ».
La conteuse Nora Aceval a, quant à elle, offert à l’assistance un conte transmis par sa tante,
tout en estimant : « je me considère comme conteuse et comme passeuse de mémoire ».
Selon elle, « le conte doit vivre dans la voix des conteurs », une manière de rappeler que la
parole demeure le lieu premier de la transmission. Elle a souligné que les espaces du conte
évoluent et que les conteurs doivent inventer de nouveaux cadres pour continuer à faire
vivre leur art.
Les participants se sont accordés sur un constat partagé : le conte est un patrimoine vivant
qu’il faut préserver, archiver et transmettre, car dans la parole du conteur se joue la
mémoire même d’un peuple.