Crimes coloniaux et mémoire nationale..Les massacres du 8 mai 1945 relus à la lumière de l’histoire

La commémoration du 80ᵉ anniversaire des massacres du 8 mai 1945 s’est tenue, samedi 1ᵉʳ novembre, dans la salle Assia Djebar, à l’occasion du 28ᵉ Salon international du livre d’Alger (SILA).
Lors d’une conférence-débat intitulée « Crimes coloniaux », plusieurs historiens et universitaires ont revisité cet épisode tragique de la mémoire algérienne, en croisant les approches historique, politique et mémorielle.

Les échanges ont mis en relief l’ampleur et la complexité des violences coloniales, tout en soulignant la nécessité de renouveler le regard porté sur cet héritage.

L’historien Lahcen Zeghidi est revenu d’abord sur la dimension historique des crimes commis par le colonialisme français durant les 132 années d’occupation. Il a recensé les textes évoquant ces exactions sous toutes leurs formes, tout en appelant à explorer les épisodes encore méconnus, notamment ceux survenus dans le Sud algérien, souvent négligé par la recherche académique.
Pour lui, il est désormais essentiel de transformer la douleur en écriture, afin de transmettre aux générations futures une mémoire reconstruite à travers les livres :

« C’est là que réside tout le sens du SILA », a-t-il affirmé.

Poursuivant la réflexion, Djamel Yahiaoui, professeur d’histoire à l’université Alger II, a rappelé que les crimes du colonialisme français en Algérie se distinguent par leur nature et leur portée : « Le colonialisme commet des crimes partout où il s’installe, mais ceux perpétrés en Algérie sont d’une nature transfrontalière et intemporelle. »

Il a évoqué, outre les massacres et destructions, les expériences nucléaires menées dans le Sahara, qui ont durablement pollué l’eau et l’air, ainsi que la transformation du modèle agricole — passé de la culture vivrière à la viticulture — et les mutations architecturales imposées au territoire.

De son côté, Claude Benjamin Brower, professeur associé d’histoire à l’université du Texas, a proposé une lecture internationale des événements. Il a rappelé que le New York Times avait évoqué les massacres du 8 mai dès le 12 mai 1945, et que la question algérienne avait été discutée à San Francisco, avant même la création de l’ONU :

« Tandis que les dirigeants du monde débattaient du futur ordre mondial et des droits de l’homme, la situation en Algérie apparaissait déjà comme une question sécuritaire majeure », a-t-il expliqué.

Selon lui, le débarquement des Alliés à Alger et à Oran durant la Seconde Guerre mondiale avait permis aux Américains de mieux percevoir la réalité coloniale, une opinion publique alors largement opposée à la domination française.

Enfin, Hosni Kitouni, historien et chercheur, a plaidé pour la construction d’un plaidoyer intellectuel solide autour des crimes coloniaux en Algérie :

« Nous devons fonder notre argumentaire sur notre propre pensée, et non sur des référents français. »

Il a appelé à s’inspirer des approches sud-africaines, australiennes et américaines en matière de génocide et de réparation, rappelant que la spécificité de la violence coloniale en Algérie réside dans sa nature de colonisation de peuplement, dont l’objectif premier fut l’effacement total du peuple et de son identité.