
Le dixième numéro de la revue de critique littéraire Fassl (« saison », « chapitre ») vient de paraître aux éditions Motifs. Entièrement consacré aux écrivains algériens, ce numéro, qui se veut à la fois hommage et redécouverte, invite à lire ou à relire des voix essentielles de la littérature nationale. Dix auteurs y sont présentés dans un ensemble de textes traversés par une même interrogation sur l’écriture, l’inspiration et la trace qu’elle laisse.
Bien que s’exprimant dans des genres et des langues variés, à des époques et sous des formes différentes, ils partagent — selon l’éditorial de la fondatrice de la revue, Maya Ouabadi — une sensibilité commune, souvent marquée par la violence, l’émigration, la condition féminine et une certaine folie créatrice.
« Ce qui ressort étrangement de ces portraits, c’est une forme, ou tout au moins des traces de folie, visibles dans leurs parcours tourmentés, leurs personnages, l’absurdité des situations qu’ils racontent ou leur marginalité manifeste », écrit-elle.
Dans ce numéro, Lamine Ammar-Khodja signe un portrait d’Aziz Chouaki et de Waciny Laredj ; Hajar Bal écrit sur Sadek Aissat ; Salah Badis s’intéresse au poète Abderrazak Boukebba ; Maya Ouabadi évoque Safia Ketou et Hacène Zehar ; Izza Amar consacre son texte à Dalie Farah ; Radhia Achi à Fadéla M’Rabet ; et Lamis Saidi à Yamina Mechakra. La revue propose également un portrait de Mourad Bourboune. Chaque contribution dessine, à sa manière, une constellation d’écrivains habités par la même urgence de dire le monde et d’écrire contre l’effacement.
Fondée en 2018 par Maya Ouabadi, Fassl est le premier projet éditorial des éditions Motifs, créées la même année. Publiée dans un format bilingue, arabe et français, la revue est née, comme le rappelle sa fondatrice dans le numéro 0, d’« une frustration accumulée au fil des années » face à l’absence d’un véritable espace critique capable de rendre compte de la vitalité littéraire du pays. Il manquait, disait-elle, « une passerelle entre les livres et les lecteurs ». Avec Fassl, elle a voulu ouvrir un lieu de dialogue entre les œuvres, leurs auteurs et le public.
Depuis sa création, la revue a consacré ses numéros à des thématiques diverses : la décennie 1990 dans la littérature algérienne, l’autofiction, les rapports entre journalisme et littérature, la poésie ou encore les lieux de l’écriture. Deux numéros hors-série ont rendu hommage à Mohammed Dib et à Assia Djebar.
En parallèle, les éditions Motifs publient, depuis mars 2022, la revue féministe La Place, cofondée par Maya Ouabadi et Saadia Gacem. Présentes au SILA, les éditions dévoilent également une autre nouveauté : un essai de Lamine Ammar-Khodja, préfacé par l’historien américain Todd Shepard et intitulé La partie immergée de l’iceberg. Éloge du GPS algérien. Elles y présentent aussi un catalogue riche d’essais consacrés à la littérature, aux langues et au cinéma.