Entre lexicographie et manuscrits anciens .. La langue arabe entre dans l’ère numérique

Le Haut Conseil de la langue arabe mise sur les nouvelles technologies pour faire prospérer la langue arabe et préserver le patrimoine écrit qui l’entoure.

Lors d’une conférence tenue dimanche 2 novembre à la grande salle Assia Djebar, dans le cadre de la 28ᵉ édition du Salon international du livre d’Alger (SILA), le Conseil supérieur de la langue arabe a abordé deux thématiques majeures : l’usage de l’intelligence artificielle dans l’industrie lexicographique et la numérisation des manuscrits algériens.

L’intelligence artificielle au cœur de la nouvelle lexicographie

Le président du Conseil supérieur de la langue arabe, Salah Belaïd, a souligné que la lexicographie moderne repose désormais sur trois piliers essentiels : la précision, la rapidité et la maîtrise de l’information linguistique.

Selon lui, « le dictionnaire papier ne peut plus suivre le rythme des évolutions technologiques. Le dictionnaire numérique, appuyé par l’intelligence artificielle, se distingue par sa capacité d’analyse sémantique et sa mise à jour continue ».

Il a rappelé que le monde arabe accorde une place croissante à cette discipline, citant les récentes initiatives autour de « l’industrie lexicographique » en Arabie saoudite, où le Conseil algérien a présenté avec succès son expérience dans le développement de dictionnaires numériques.

« Nous devons penser la lexicographie comme une industrie à part entière, au même titre que les autres secteurs. Et toute industrie se doit d’évoluer », a-t-il affirmé.

Les manuscrits, un héritage à préserver et à partager

La seconde partie de la conférence, animée par Dr Kebir Ben Aïssa, membre du Conseil supérieur de la langue arabe, a été consacrée à la numérisation des manuscrits algériens.

Elle a rappelé que l’Algérie constitue « une véritable mine du patrimoine manuscrit arabe », citant des études estimant à plus de 100 000 le nombre de manuscrits arabes conservés dans le pays.

Le conférencier a précisé que l’expression « écrit en caractères arabes » ne renvoie pas nécessairement à la langue arabe : « De nombreuses langues ont été transcrites en graphie arabe, notamment le tamazight, dont plusieurs manuscrits existent en Algérie. »

Le projet Maʿlamat al-Makhtûtât al-Jazâ’iriyya (Encyclopédie des manuscrits algériens) vise à « préserver et rendre accessible » ce patrimoine aux chercheurs comme au grand public. Le terme maʿlama, a-t-il expliqué, renvoie à « un lieu du savoir clair et proéminent ».

Pour mener à bien cette entreprise, le Conseil supérieur de la langue arabe a recours à des équipements de pointe destinés à scanner, indexer et conserver numériquement ces manuscrits fragiles.

À travers cette double démarche — modernisation lexicographique et numérisation patrimoniale —, le Conseil entend affirmer la place de l’Algérie dans la préservation et la valorisation du savoir arabo-islamique à l’ère numérique.