
En vingt-quatre ans de diffusion, Rawafed a tendu le micro à une multitude d’artistes arabes. Quelle valeur cela apporte-t-il à la culture arabe ?
Depuis son lancement, cette émission a suivi une trajectoire que je n’avais jamais planifiée. Sa création et sa continuité pendant vingt-quatre ans ont permis de documenter l’expérience arabe contemporaine dans toutes ses dimensions — artistique, intellectuelle, philosophique, littéraire et esthétique. J’ai reçu près de 1 200 invités. Beaucoup ne sont plus de ce monde, mais leurs paroles et leurs œuvres demeurent. Je crois que Rawafed a contribué à préserver ces traces et que, par ce biais, j’ai moi aussi laissé la mienne.
Quelle est votre perception de la culture arabe aujourd’hui ?
Je ne prétends pas détenir une vision singulière de la culture arabe. Je me considère plutôt comme un acteur au service du savoir — qu’il soit arabe ou universel. Un savoir qui éclaire la conscience, l’élève et rend la vie plus clémente.
Tant qu’il existe des salons du livre dynamiques, des écrivains fidèles à leur mission et un public curieux, il faut garder espoir. Même si tous les visiteurs d’un salon ne repartent pas avec un livre, le simple fait de participer à un tel événement élargit la conscience collective et recentre l’attention sur des questions essentielles.
Tant qu’il y aura des créateurs — écrivains, musiciens, poètes — au service du mot et de la beauté, l’avenir demeurera porteur d’espoir.
Nous nous trouvons à l’espace de la Palestine, qui porte le nom de Ghassan Kanafani. Quel rôle la presse culturelle peut-elle jouer dans la préservation de la mémoire ?
J’ai longtemps travaillé dans la presse écrite, mais Rawafed reste une expérience unique. J’y ai reçu près de 1 200 invités, dont certains ne sont plus parmi nous. Leurs voix, leurs visages et leurs idées continuent de vivre à travers les archives de l’émission.
En ces temps où la voix de l’arbitraire résonne plus fort que celle de l’art, et où l’ignorance menace le savoir, je crois avoir accompli quelque chose d’utile : préserver la mémoire vivante de la culture arabe.