
La finance islamique prend de plus en plus d’ampleur en Algérie. Avec plus de 900 milliards de dinars levés et 900 000 comptes ouverts, le Haut Conseil Islamique (HCI) a dévoilé, le 3 novembre 2025, lors d’une rencontre organisée dans le cadre du 28ᵉ Salon international du livre d’Alger (SILA), les nouvelles ambitions du secteur : émission prochaine de Sukuk souverains, création d’une banque publique islamique et consolidation du cadre légal. Une véritable stratégie en faveur d’un développement économique éthique et inclusif.
Le président du HCI, Mabrouk Zaid El-Kheir, a ouvert la rencontre en rappelant que la finance islamique n’est pas seulement « une option théorique », mais « un choix stratégique, enraciné dans notre culture et capable de répondre aux enjeux économiques contemporains ». Il a souligné le rôle central du Conseil dans la mise en place d’une vision nationale cohérente :« Notre objectif est d’offrir un modèle financier conforme à nos valeurs tout en répondant aux exigences du monde moderne. »
Le président a également salué la volonté du président de la République, qui suit de près le développement de la finance islamique, ainsi que l’engagement de tous les acteurs impliqués. Il a rendu hommage à Aïmene Benabderrahmane, ancien Premier ministre, présent à la conférence, pour son rôle déterminant dans l’avancée du projet : « Nous espérons voir se multiplier les initiatives, les innovations et la créativité dans le domaine de la finance islamique. »
De son côté, le professeur Mohamed Boudjelal, économiste et membre du HCI, a détaillé les instruments permettant de consolider l’écosystème national. Il a annoncé l’émission prochaine de Sukuk souverains, une étape clé pour renforcer le financement public, ainsi que la mise en place d’une banque publique islamique. Il a également évoqué la promulgation imminente de la loi sur la Zakat, qui viendra compléter le cadre juridique existant.
Abordant les différences entre la finance islamique et la finance spéculative, Boudjelal a souligné que le modèle algérien repose sur « un financement productif, adossé à des actifs réels », loin des logiques de titrisation et de spéculation des marchés occidentaux.
L’expert financier Abderrahmane Benelhafsi a mis en avant le rôle structurant de la finance islamique pour soutenir les PME et renforcer l’autonomie économique nationale. Il a révélé que « sur les 21 banques du pays, 12 proposent désormais des produits de finance islamique, soutenues par une institution spécialisée et 859 agences réparties à travers le territoire, soit 51 % du réseau bancaire national ».
« Plus de 900 000 comptes islamiques ont été ouverts, dont 60 % sont des comptes courants et 40 % des comptes d’investissement. Cela prouve l’engouement réel des citoyens pour ce modèle financier », a-t-il affirmé.
Le spécialiste en réglementation financière Dr Saïd Bouizeri a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’un cadre légal solide et d’une formation rigoureuse des professionnels du secteur :
« Sans des acteurs qualifiés et compétents, tout effort resterait vain. La transparence et la sécurité sont les garants de la confiance. »
Enfin, Benelhafsi a indiqué que les financements octroyés via les formules Salam, Mourabaha et Idjar atteignent 600 milliards de dinars, tandis que les projections tablent sur plus de 1 500 milliards DA levés d’ici 2030, et 1 000 milliards DA de financements injectés dans l’économie. La finance islamique contribue déjà à mobiliser 7 % de la masse fiduciaire circulant en dehors du circuit bancaire classique, renforçant ainsi l’inclusion financière et la confiance dans le système national.