
Dans un monde globalisé où les identités tendent parfois à se diluer, leur renforcement apparaît comme un chantier urgent nécessitant l’engagement de tous.
C’est dans cet esprit que la salle Assia Djebar a abrité, vendredi 31 octobre, une rencontre-débat intitulée « L’identité nationale fédératrice et unifiée, de la Numidie à nos jours », organisée à la faveur du 28ᵉ Salon international du livre d’Alger (SILA).
L’événement a réuni des chercheurs et enseignants issus de différentes disciplines, qui ont livré des lectures complémentaires d’un même sujet : la continuité historique et culturelle de l’identité algérienne.
Abdelaziz Medjahed, directeur de l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG), a d’emblée établi un lien fort entre le mouvement national algérien et l’histoire plurimillénaire du pays.
« Notre géographie écrit notre histoire », a-t-il affirmé, soulignant que l’Algérie a toujours influencé les autres en période de force et a été influencée en période de faiblesse, mais qu’elle a toujours été présente dans l’histoire.
Pour lui, Massinissa demeure une référence majeure : « Il a unifié la Numidie trois siècles avant la naissance du Christ. Fin diplomate, Massinissa utilisait, outre le tamazight, les langues grecque et punique, témoignant d’une capacité d’adaptation rare », a-t-il ajouté.
Il a également rappelé que l’histoire nationale est jalonnée de valeurs sociales fortes, telles que la révolte contre la hogra, l’entraide et la cohésion, des concepts communautaires qui ont inspiré des théories économiques modernes, comme la Touiza, ainsi que la grande fraternité entre les composantes du peuple.
Une lecture sociologique de l’« algérianité »
De son côté, Mbarka Belahcen, professeure de sociologie à l’Université d’Oran, a livré une approche sociologique de l’identité nationale.
« L’algérianité est une identité complexe qui nourrit le sentiment d’appartenance à travers des pratiques socioculturelles pluridisciplinaires, ancrées bien avant l’Antiquité », a-t-elle expliqué.
Elle a regretté la négligence de la dimension africaine dans la compréhension de l’identité algérienne, insistant sur la nécessité de transcrire et d’étudier les pratiques du patrimoine immatériel, tout en rappelant que la culture orale a joué un rôle prépondérant dans le mouvement national algérien.
« Le colonialisme français a utilisé l’anthropologie comme instrument pour tenter d’effacer cette identité », a-t-elle souligné.
L’historien Mohand Arezki Ferrad a, pour sa part, centré son intervention sur le concept de la pensée réformatrice dans le mouvement national algérien entre 1920 et 1945.
Selon lui, les écrits de cheikh Abdelhamid Ibn Badis et de Toufik El Madani ont profondément marqué le renforcement de l’identité nationale à une période charnière de la colonisation.
Il a également rappelé que la dimension amazighe fut présente au sein de l’Association des oulémas musulmans algériens, notamment à travers Yahia Hamoudi et Sadek Aissat.
Enfin, Boumediene Bouzid, professeur en philosophie, a abordé l’aspect millénaire et civilisationnel de l’identité algérienne, mettant en lumière sa dimension spirituelle et soufie, notamment à travers la figure de Ahmed Tidjani, dont l’influence s’est étendue bien au-delà des frontières du pays, jusqu’au cœur du continent africain.