Hommage à l’écrivain kényan Ngugi wa Thiong’o ..  Une leçon de fidélité et de liberté

L’espace Esprit Panaf a rendu, jeudi 30 octobre, un vibrant hommage à l’auteur kényan feu Ngugi wa Thiong’o (1938-2025), figure de proue de la littérature africaine.

Le parcours d’un auteur dont la pensée reste plus que jamais d’actualité a été, de prime abord, revisité par Djilali Khelas, auteur et traducteur.

« L’ultime but de Ngugi wa Thiong’o a été de se réapproprier l’identité africaine, si longtemps la cible de l’impérialisme occidental », rappelle Abderrezak Boukeba, poète et romancier. Pour lui, l’écrivain kényan incarne la cohérence absolue entre la pensée et l’action. « Écrire en kikuyu était un geste fort, courageux et héroïque. Ngugi était à l’apogée de sa gloire : il aurait pu poursuivre le rêve d’une renommée mondiale, mais il a choisi la fidélité à sa conscience », ajoute-t-il, avant d’appeler à inscrire cette figure dans la mémoire collective : « Je suggère que l’Algérie crée un grand prix littéraire baptisé Ngugi wa Thiong’o, car sa pensée est en harmonie avec la tendance intellectuelle de notre pays », souligne-t-il, avant de revenir sur la pensée de Ngugi, qui s’inscrit dans la continuité des combats menés par Frantz Fanon, dont la salle porte symboliquement le nom. « Tous deux ont cherché, chacun à sa manière, à décoloniser les esprits avant les territoires », note-t-il.

De son côté, Benaouda Lebdai, auteur et universitaire, a fait savoir que Ngugi est « l’un des plus grands théoriciens postcoloniaux, injustement peu traduit en français et quasiment inconnu en arabe ». Il a rappelé que l’auteur de Je me marierai quand je voudrai (Ngaahika Ndeenda, sorti en 1977) avait choisi le théâtre populaire comme moyen de libération des consciences. La pièce, jouée en kikuyu devant un public rural et modeste toujours plus large, avait dérangé le pouvoir en place. « Son engagement contre l’impérialisme culturel lui valut d’être arrêté le 31 décembre de la même année », précise Lebdai.

Au-delà de l’hommage, cette rencontre fut aussi un rappel : celui que la liberté d’écrire passe par la liberté d’être soi-même. Ngugi wa Thiong’o, en renonçant à l’anglais pour écrire dans la langue de son peuple, a prouvé que la littérature pouvait être un acte de résistance, un cri de fidélité à la terre et à la mémoire.