
Quelle place occupe aujourd’hui le 8 mai 1945 dans la conscience collective des Algériens ?
Il s’agit d’un traumatisme, comme le sont les innombrables blessures subies par le peuple algérien durant toute la période coloniale. Il porte cela dans sa mémoire, parfois sans connaître précisément les faits, mais cette douleur se transmet de génération en génération. C’est un traumatisme colonial — une accumulation de violences et de souffrances — dont l’Algérie demande encore les explications. Il faut des éclaircissements qui apaisent, une véritable pédagogie plutôt qu’un simple discours. C’est une manière de faire son deuil collectif.
Pensez-vous que la recherche historique sur cette période reste encore incomplète ?
La recherche est toujours incomplète, par nature. Il y a toujours de nouvelles choses à dire à partir de documents et d’archives. Pour ma part, je pense que c’est surtout la perception que nous avons du 8 mai 1945 qui demeure insuffisante pour rendre compte pleinement des événements et de leur ampleur. On a trop souvent insisté sur les violences visibles — massacres et tueries collectives — mais on a négligé d’autres formes de violence : symboliques, culturelles et sociologiques. Je pense, par exemple, aux orphelins laissés derrière, aux viols de femmes, à la famine provoquée, aux razzias qui ont détruit et dépossédé des populations entières.
Comment la communauté internationale avait-elle réagi aux événements du 8 mai 1945 ?
De manière contrastée. D’abord, il faut rappeler qu’il n’y avait pas d’informations instantanées. Le monde a appris ce qui s’était passé à partir du 11 mai 1945. La réaction des puissances impériales fut semblable, dans son esprit, à celle du 7 octobre 2023 face à Gaza : un parti pris colonial en faveur de la France. Mais on ne peut pas dire que ces événements aient eu un impact immédiat ou considérable sur la scène internationale.
Et quel a été l’écho dans les autres colonies ?
En 1947, un massacre d’ampleur comparable eut lieu à Madagascar. L’impact du 8 mai 1945 fut de rendre le colonialisme — notamment français — encore plus féroce. Les peuples colonisés ont certes appris tardivement ces événements, mais cela a contribué à nourrir l’esprit de résistance face à la domination coloniale.