James McDougall, chercheur britannique en histoire..« L’Algérie, une terre discrète de l’universel » 

Enseignant aux prestigieuses universités de Princeton, Londres et Oxford, James McDougall porte un regard éclairé sur la place de l’Algérie dans l’histoire universelle. D’Ibn Khaldoun à l’Émir Abdelkader, il évoque dans cet entretien les figures et les idées qui relient le pays à la grande aventure de la civilisation humaine.

Comment percevez-vous la place de l’Algérie dans l’histoire universelle des civilisations ?

Je voudrais partir d’Ibn Khaldoun, qui a écrit une œuvre monumentale sur l’histoire universelle. Il a commencé cette œuvre en Algérie, à Qalat Beni Salama, près de Tiaret, et non pas dans une grande ville. Je crois que pour parler de civilisation ou d’histoire universelle, il faut toujours repartir d’un espace particulier, localisé. C’est souvent depuis les marges, les lieux éloignés du centre, que se pense l’universel.

Sur le plan de la pensée, pensez-vous que l’époque médiévale représentait l’âge d’or de la civilisation algérienne ?

Ibn Khaldoun lui-même, au XIVᵉ siècle, pensait que la civilisation de son temps était déjà en déclin. L’idée d’un « âge d’or » naît souvent dans des périodes perçues comme des déclins.

Je trouve ces notions de montée et de chute trop simples. Il faut plutôt comprendre comment les sociétés se transforment et se renouvellent à travers le temps.

Selon vous, quelles figures ou périodes de l’histoire algérienne mériteraient d’être davantage valorisées à l’échelle mondiale ?

L’Émir Abdelkader, bien sûr, sur lequel j’ai beaucoup écrit. Mais ses écrits spirituels et sa filiation avec Ibn ‘Arabi restent encore trop peu étudiés.

Je pense aussi à la littérature algérienne, en arabe, en tamazight ou en français, qui a fleuri aux XIXe et XXe siècles, issue de milieux sociaux et culturels très variés. C’est une richesse immense, encore peu connue.

La position géographique de l’Algérie a-t-elle contribué à façonner ce trésor civilisationnel à travers les siècles ?

Absolument. L’Algérie a toujours été un espace stratégique au cœur des convoitises des puissances impérialistes. Sa position en Afrique du Nord, à l’ouest du bassin méditerranéen, connectée à l’Afrique subsaharienne, lui donne un rôle déterminant dans la longue durée. C’est d’ailleurs ce qui a attiré les Ottomans puis les Français. Et c’est aussi pourquoi, aujourd’hui encore, l’Algérie est appelée à jouer un rôle essentiel sur la scène régionale et mondiale.