
La conférence intitulée « La sécurité culturelle et les médias : défis d’avenir », organisée dans le cadre du Salon international du livre d’Alger (SILA), a tenu toutes ses promesses. Marquée par des interventions d’une grande richesse, elle a suscité un débat dense et passionné sur une question cruciale : la défense et la préservation de l’identité nationale face aux nouvelles formes de domination culturelle et cognitive.
Premier à prendre la parole, Ahmed Bensaada a mis en lumière le rôle pernicieux des médias sociaux dans la guerre cognitive menée contre les identités culturelles.
« Il y a une instrumentalisation de l’identité culturelle à des fins politiques de déstabilisation des pays », a-t-il averti.
Selon lui, « les réseaux sociaux sont devenus les architectes de nos opinions », ajoutant que ces plateformes sont souvent utilisées pour affaiblir la cohésion sociale de nations comme l’Algérie.
Le chercheur a expliqué que les officines étrangères qui mènent ces offensives misent sur plusieurs leviers — parmi lesquels la manipulation des symboles identitaires et la propagation de récits fabriqués — pour atteindre leurs « objectifs de déstabilisation ».
Il a cité notamment les tentatives visant à porter atteinte à l’intégrité territoriale à travers la création de « récits farfelus » qui instrumentalisent l’histoire et la culture nationales.
De son côté, Lamia Mahmoud, journaliste et experte égyptienne des médias, a plaidé pour une éducation médiatique structurée, dès l’école.
« Nos programmes doivent apprendre aux jeunes à comprendre, analyser et questionner l’information », a-t-elle déclaré.
Elle a insisté sur l’urgence, pour les pays arabes et africains, de ne plus subir passivement la masse d’informations circulant sur les réseaux et dans les médias internationaux — souvent en décalage avec nos valeurs et notre histoire.
Imane Kassi Moussa, universitaire et journaliste à la Radio nationale, a pour sa part rappelé que la préservation de l’identité culturelle passe par une production médiatique nationale forte, capable de proposer des contenus ancrés dans les réalités et les références locales.
Même son de cloche pour Siham Cherif, enseignante de sociologie à l’université Alger 2, qui a souligné la nécessité de valoriser la culture nationale et de réhabiliter la mémoire collective à travers les productions médiatiques et culturelles.
Enfin, Moctar Silla, dirigeant de médias et professionnel sénégalais, a appelé à l’émergence d’un narratif africain indépendant.
« Nous ne devons plus être de simples consommateurs des récits produits par les autres sur nos cultures et nos histoires. Nous avons le devoir de raconter l’Afrique depuis l’Afrique », a-t-il affirmé avec conviction, soulignant que le continent dispose des compétences humaines et intellectuelles nécessaires pour relever ce défi.
Cette rencontre a mis en évidence une conviction commune : dans les guerres cognitives contemporaines, l’arme la plus puissante demeure le contenu culturel et médiatique.