Lauréate du prix Yamina Mechakra..Djamila Talbaoui : “Écrire le Sahara, c’est préserver une mémoire et un héritage”

À l’issue d’une conférence consacrée à la narration saharienne, tenue dans le cadre du SILA à la salle des conférences Assia Djebar, la romancière Djamila Talbaoui, lauréate du Prix Yamina Mechakra en langue arabe pour son roman Qalb El Isbani (Le Cœur de l’Espagnol), revient sur la vitalité de cette écriture, ses enjeux mémoriels et les défis liés à la représentation du désert dans le roman algérien contemporain.

Quelle est la place de la narration saharienne dans la littérature algérienne aujourd’hui ?

La narration saharienne a aujourd’hui trouvé sa place dans la littérature algérienne. Autrefois rares, les écrivains qui traitaient du Sahara comme thématique sont désormais plus nombreux, et la qualité de la narration s’est nettement améliorée. Cela laisse présager un avenir prometteur pour ce grand projet qu’est l’écriture du Sahara.

L’écrivain originaire du Sahara est-il le mieux placé pour en parler ?

Je ne pense pas. Il est vrai que, comme on l’a évoqué durant le panel, le fils du désert, brûlé par le soleil et ancré dans sa terre, semble naturellement plus habilité à écrire sur le désert. Mais, à mon sens, le plus légitime est celui qui possède le talent, la vision, et sait reconstruire ses paysages et ses symboles à sa manière.

Comment un auteur peut-il éviter les stéréotypes lorsqu’il écrit sur le Sahara ?

C’est valable pour tout écrivain. Nous avons tous le devoir d’éviter les stéréotypes. Un auteur doit diversifier ses lectures, approfondir sa vision et aiguiser son regard. L’écriture repose sur une réflexion philosophique, une dimension sociale et un héritage collectif et populaire. C’est en conjuguant ces éléments qu’un écrivain peut produire des textes authentiques, loin des clichés.

Comment la narration saharienne peut-elle être gardienne de mémoire et de patrimoine ?

C’est la responsabilité de l’écrivain saharien. En écrivant sur le Sahara, nous enrichissons nos textes de ce patrimoine culturel et mémoriel pour contribuer à sa préservation. Notre ambition est de bâtir un roman algérien qui englobe la mémoire, les héritages intellectuels, populaires et culturels, afin qu’ils ne se perdent pas dans l’oubli ni sous l’influence de l’autre.