
Au SILA, historiens algériens et étrangers revisitent un épisode sanglant et fondateur du Nord-Constantinois
À l’occasion de la commémoration du 71ᵉ anniversaire des massacres du 20 août 1955, une conférence s’est tenue samedi après-midi dans la salle Assia Djebar, dans le cadre du 28ᵉ Salon international du livre d’Alger (SILA).
Trois historiens — Fouad Soufi, Amara Allaoua et l’Américain Terrence Peterson — ont croisé leurs analyses autour de cet épisode tragique de la guerre d’indépendance, soulignant qu’il avait constitué un tournant majeur dans la mobilisation du peuple algérien en faveur du Front de libération nationale (FLN).
Une insurrection décisive
Les intervenants ont rappelé que ces attaques coordonnées, suivies de répressions sanglantes, ont touché une vaste région allant de Souk El Ténine à Béjaïa, en passant par Constantine, Mila, Jijel, Skikda, Annaba et Guelma, jusqu’à la frontière tunisienne.
Premier à prendre la parole, Terrence Peterson, maître de conférences à l’Université internationale de Floride et spécialiste de la guerre d’Algérie, a souligné l’importance historique de ces événements dans la mobilisation nationale.
« Les attaques du 20 août 1955 ont constitué un cauchemar pour les autorités françaises, mais surtout une étape cruciale dans la construction d’une conscience collective algérienne »,
a-t-il affirmé.
Selon lui, la brutalité de la répression française qui a suivi s’inscrivait dans le cadre du projet colonial d’une « Algérie française » :
« Les autorités ont légalisé la violence pour tenter de contrôler la société et créer une nouvelle Algérie. Ces événements ont ouvert la voie à une guerre totale visant les civils. »
Zighoud Youcef, artisan de la stratégie du Nord-Constantinois
De son côté, Amara Allaoua, professeur d’histoire médiévale à l’Université Émir Abdelkader de Constantine, a présenté une série de documents rares relatifs à la région du Nord-Constantinois à la veille de l’insurrection.
S’appuyant sur les écrits du commandant Bachir Chihani et de Zighoud Youcef, il a précisé que ces sources permettent de mieux comprendre les objectifs réels des attaques du 20 août 1955.
« Les documents retrouvés lors des batailles d’El Djorf et d’Aïn Dardara révèlent une planification méthodique, loin du mythe populaire qui ne voyait dans ces attaques qu’une réaction spontanée », a-t-il expliqué.
Selon Allaoua, cette opération visait avant tout à montrer que les paysans, les douars et les masses rurales soutenaient pleinement la Révolution.
« Cette date a marqué un tournant décisif : une grande partie du monde paysan s’est alors ralliée au FLN. La diffusion des images des massacres et des exécutions sommaires a contribué à l’internationalisation de la cause algérienne, plus encore que les attaques elles-mêmes »,
a-t-il conclu.
Le contexte historique revisité
L’historien Fouad Soufi, pour sa part, a proposé une relecture globale des événements du Nord-Constantinois, les replaçant dans la dynamique plus large du déclenchement du 1er Novembre 1954. Il a insisté sur la continuité entre les premières offensives révolutionnaires et l’escalade de la violence coloniale qui a suivi.