Lotfi Khouatmi, acteur associatif et passionné d’histoire

« Les références documentées sont essentielles »

Acteur de la caravane La dernière nuit de l’Émir, organisée de 2017 à 2022, Lotfi Khouatmi est un passionné d’histoire. Il plaide pour une écriture historique rigoureuse, affranchie des subjectivités et des approximations qui faussent les faits.

Partagez-vous l’idée que l’écriture de l’Histoire est un exercice complexe et ardu ? Et pourquoi ?
Le plus grand problème du roman historique, c’est qu’il est souvent écrit par des passionnés de littérature -journalistes ou écrivains- qui maîtrisent la plume, mais pas toujours les méthodes de recherche historique. À côté, il y a les universitaires, spécialistes de l’Histoire, dont les ouvrages, bien que précis, peinent parfois à retenir l’attention du lecteur jusqu’au bout.
Une œuvre romanesque, racontée par un écrivain, a beaucoup plus de chances d’être lue qu’un travail académique, et c’est là toute la différence. Le problème, c’est que les auteurs de romans historiques ont pris le dessus sur les historiens de formation. Se pose alors la question de l’objectivité : ces récits reposent-ils sur des sources bibliographiques vérifiées ou sur des traditions orales souvent discutables ?
Une écriture sérieuse doit impérativement s’appuyer sur des références documentées. Or, certains romans historiques utilisent des sources fragiles, ce qui nuit à la crédibilité de l’écriture de l’Histoire.

Nous sommes donc face à une entorse à l’objectivité du texte ?
Exactement. Et cette réalité doit être dépassée. Comment ? Il appartient aux historiens et aux universitaires de rendre l’écriture de l’Histoire plus accessible, afin que la lecture de ces ouvrages ne soit pas perçue comme fastidieuse. C’est essentiel pour attirer davantage de lecteurs, et éviter qu’ils ne se tournent vers des récits trop romancés, dont la vulgarisation peut déformer les faits.
L’écriture de l’Histoire est un exercice fondamental, qui doit être mené par des chercheurs sérieux, soucieux de vérité et d’exactitude.
Un autre danger réside dans l’usage politique ou idéologique de l’Histoire : si elle devient un instrument de division, elle perd tout son sens. Nous avons besoin d’une écriture historique qui unisse le peuple algérien, non qui le fragmente.
Je dois rappeler, à ce titre, que de nombreux historiens formés à l’école coloniale ont contribué à glorifier la présence française en Algérie tout en diabolisant des figures comme l’Émir Abdelkader, créant ainsi des préjugés et des contre-vérités profondément choquantes.