
Professionnel des médias, Moctar Silla insiste sur le rôle fondamental de la communication et de la production culturelle pour prémunir l’Afrique des nouvelles formes de domination. Il appelle les Africains à produire et à diffuser leurs propres narratifs.
Vous venez de participer à un débat sur la sécurité culturelle et les médias. Que signifie ce concept ?
Je pense que nous vivons aujourd’hui dans un monde où les modes de domination ont profondément changé. Ce n’est pas nouveau : c’est un processus long, insidieux et pernicieux, qui s’installe progressivement. Pendant des décennies, nous avons été habitués à consommer des produits culturels venus d’ailleurs, contribuant ainsi à formater nos jeunesses.
C’est une forme de manipulation qui ne passe plus par les armes, mais par le façonnage des esprits.
Il est donc essentiel, pour nous Africains, de prendre conscience de notre potentiel, qu’il s’agisse de nos ressources naturelles ou, surtout, de notre capital humain : plus de 70 % de la population africaine est jeune. L’Afrique est le continent de l’avenir.
Nous devons aussi reconnaître que nous possédons des valeurs, un art de vivre, un savoir-faire. Quand on a de tels atouts, il faut élaborer une stratégie cohérente pour positionner le continent à travers ses propres récits — non seulement pour mieux nous connaître nous-mêmes, mais aussi pour permettre à l’Afrique de partir à la conquête du monde. Cela suppose une action concertée.
C’est donc une priorité pour l’essor culturel du continent ?
Absolument. C’est même une urgence. Les objectifs que l’Afrique doit atteindre sur le plan culturel ne peuvent se réaliser sans l’appui des médias. Les nouvelles formes de domination passent par eux.
Beaucoup de chaînes étrangères émettent sur nos territoires. Mais pendant que nous consommons leurs contenus, que faisons-nous, nous, Africains ?
Pourquoi l’Afrique ne créerait-elle pas ses propres chaînes sportives, culturelles ou éducatives ?Pourquoi ne pas raconter nos histoires à notre manière ?
Les médias ont donc un rôle central dans cette bataille pour la souveraineté culturelle ?
Effectivement. Le rôle des médias est fondamental — pas seulement pour protéger nos cultures, mais aussi pour les diffuser, les valoriser et les faire rayonner.
C’est un défi collectif que nous devons relever, gouvernants comme acteurs du secteur.
Il ne faut plus reléguer la culture au second plan : elle est un levier stratégique de développement.
Et dans cette bataille, les médias doivent être utilisés à bon escient, comme des outils de liberté et de construction identitaire, et non comme des instruments d’aliénation.