
« Cette édition s’annonce plus importante que toutes les précédentes »
Le commissaire du Salon international du livre d’Alger, Mohamed Iguerb, revient dans cet entretien sur les grandes lignes de cette 28ᵉ édition placée sous le slogan « Le Livre, carrefour des cultures ». Participation record, riche programme culturel, hommage à de grandes figures littéraires et intellectuelles, soutien aux causes justes et mise à l’honneur de la Mauritanie : le SILA s’annonce comme une grande célébration autour du livre.
Lors de la conférence de presse du lundi 20 octobre 2025, vous avez annoncé une “participation record” des éditeurs. En termes de chiffres, comment se présente cette 28ᵉ édition du SILA ?
Mohamed Iguerb : Il convient de rappeler que le SILA demeure l’un des salons du livre les plus importants d’Afrique, du monde arabe et même de la région méditerranéenne. C’est aujourd’hui l’un des plus grands rendez-vous littéraires du monde. En termes de participation, cette édition s’annonce effectivement plus importante que toutes les précédentes.
Avec 1 254 exposants issus de 49 pays, dont 974 éditeurs étrangers, tout porte à croire que le nombre de visiteurs connaîtra une affluence record, dépassant sans doute les 5 millions de participants. Par ailleurs, 565 stands ont été aménagés sur une superficie globale de 23 000 m², où plus de 240 000 titres seront exposés.
Lors de cette traditionnelle rencontre avec les médias, vous avez également évoqué le livre comme un outil de “soft power”, une notion hautement symbolique. Est-ce que cela s’inscrit dans le slogan de cette édition : “Le livre, carrefour des cultures” ?
Le livre comme outil de soft power n’est ni un slogan creux ni une figure de style. Au-delà de sa portée symbolique, cette idée trouve tout son sens dans le slogan de cette édition.
Nous – moi et les membres de la commission culturelle – sommes convaincus que le livre, en tant que vecteur privilégié de transmission des idées et des valeurs humaines, demeure le meilleur moyen par lequel la culture remplit son rôle de médiation dans les relations internationales.
De ce point de vue, le livre peut être envisagé comme un instrument de promotion des modèles sociétaux, de renforcement de l’identité nationale et de consolidation de la cohésion sociale. Il rapproche les visions, favorise le dialogue entre les peuples dans la paix et le respect.
Le livre constitue aussi un rempart contre toute hégémonie culturelle : il garantit la valorisation de la culture nationale, de la mémoire, de l’histoire et du patrimoine, tout en protégeant des influences extérieures néfastes.
L’invité d’honneur de ce 28ᵉ rendez-vous est la République islamique de Mauritanie.
Sur quels critères ce choix a-t-il été fait ? Peut-on parler d’un prolongement naturel des liens culturels et spirituels entre les deux nations, en plus d’un rapprochement économique et politique ?
La Mauritanie est un pays frère et voisin avec lequel nous partageons un riche héritage culturel et spirituel, constitutif de nos relations bilatérales. Plus qu’un rapprochement, c’est une coopération effective, à la fois économique, politique et culturelle.
Sa participation au SILA comme invité d’honneur permettra de consolider cette coopération et de faire découvrir la richesse culturelle et patrimoniale d’un pays qui recèle un important potentiel éditorial.
La Mauritanie est connue pour ses poètes, mais le Salon nous fera découvrir d’autres facettes de sa création littéraire. Pouvez-vous revenir sur quelques temps forts du programme de l’invité d’honneur ?
Vous avez raison de rappeler la place de choix qu’occupe la poésie dans la culture mauritanienne, ce pays qu’on surnomme “le pays au million de poètes”.
Le programme culturel mauritanien comprendra plusieurs conférences abordant les références communes entre nos deux pays et les grandes étapes de leurs échanges culturels.
Il s’agira également de mettre en lumière les influences réciproques dans les domaines scientifique et spirituel.
Des récitals poétiques, animés par d’éminents poètes algériens et mauritaniens, viendront compléter cette programmation.
Comme chaque année, l’histoire et la mémoire sont au cœur du SILA. Cette édition commémorera deux événements majeurs : le 80ᵉ anniversaire des massacres du 8 mai 1945 et le 70ᵉ anniversaire de l’Offensive du Nord-Constantinois du 20 août 1955. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Je vous remercie pour cette question. Vous avez bien fait de rappeler l’importance que le SILA accorde à notre mémoire collective.
Un programme riche et varié a été soigneusement élaboré pour commémorer ces deux tournants historiques.
Le 8 mai 1945, malgré l’ampleur du massacre et les lourds sacrifices consentis par les Algériens, a constitué un moment de basculement révolutionnaire.
Quant au 20 août 1955, considéré à juste titre comme un second 1er Novembre, il marque l’adhésion massive du peuple algérien à la lutte de libération nationale.
Des conférences animées par des historiens, universitaires, acteurs de la Révolution et amis de l’Algérie permettront d’évoquer les aspects marquants de ces dates fondatrices de notre glorieuse Révolution — la plus grande du XXᵉ siècle. Ce sera aussi l’occasion de rendre hommage à nos valeureux chouhada.
Dans le prolongement de ce volet historique, deux conférences sont prévues : l’une sur “l’identité nationale, de la Numidie à nos jours”, et l’autre sur l’émir Abdelkader.
Figure emblématique de la résistance au colonialisme, l’émir Abdelkader, fondateur de l’État algérien moderne, demeure une référence majeure pour tout Algérien fier de son pays.
La conférence qui lui est consacrée mettra en lumière les fondements de l’État qu’il a instauré dans un contexte de grande violence coloniale.
Quant à la conférence sur “l’identité nationale, de la Numidie à nos jours”, elle soulignera l’attachement indéfectible des Algériens à leur terre et à leur intégrité territoriale à travers l’histoire.
Elle montrera également comment les valeurs de liberté et d’indépendance, héritées de nos aînés, constituent le ciment de notre unité nationale et de notre diversité culturelle, richesse et patrimoine commun d’un peuple uni.
Le programme accorde également une place à la solidarité internationale et à la lutte anticolonialiste.
L’engagement de l’Algérie aux côtés des peuples opprimés n’est pas une posture, mais un principe fondateur, hérité des valeurs de Novembre et de notre Révolution.
C’est pourquoi, à chaque édition du SILA, des conférences, des estrades et des récitals poétiques sont consacrés aux luttes des peuples palestinien et sahraoui pour leur libération.
Le colloque intitulé “L’Algérie dans la civilisation” vient renforcer cette idée de l’apport de notre pays à la civilisation humaine. Pourquoi avoir choisi ce thème aujourd’hui ?
Ce colloque scientifique majeur sera animé par de grands historiens reconnus pour leur objectivité dans l’étude de l’Histoire de l’Algérie.
Leur démarche s’oppose au discours colonialiste ou néocolonial qui a souvent minimisé la place de notre pays dans le long cheminement de l’humanité.
Il s’agira d’évoquer la contribution de l’Algérie à la civilisation universelle à travers la littérature (Apulée de Madaure, Kateb Yacine, Mohammed Dib, Assia Djebar), la philosophie (Saint Augustin, Mohamed Arkoun, Malek Bennabi), l’histoire et la sociologie (Ibn Khaldoun, Mostefa Lacheraf), mais aussi l’engagement d’hommes et de femmes pour les causes justes à travers le monde.
Ce colloque mettra en lumière la profondeur civilisationnelle de l’Algérie et son héritage pour l’humanité.
Des hommages seront également rendus à Rachid Boudjedra, Abdelhamid Benhaddouga et Frantz Fanon…
Effectivement, trois figures majeures de la culture seront à l’honneur.
Un hommage sera d’abord rendu à Rachid Boudjedra, pour célébrer soixante ans d’écriture et une œuvre d’une grande richesse.
Un second hommage sera consacré à Abdelhamid Benhaddouga, dont nous célébrons le centenaire de la naissance, pionnier du roman algérien d’expression arabe.
Enfin, une conférence sera dédiée à Frantz Fanon, penseur, militant et psychiatre, dont la pensée humaniste demeure d’une brûlante actualité, notamment en Afrique.
Dans le même esprit, un “Espace africain” accueillera plusieurs panels sur la littérature et le patrimoine du continent, dont une rencontre spéciale sur la représentation de la traite négrière dans la littérature africaine.
Les enfants ont toujours une place de choix au SILA. Comment s’articule cette programmation dédiée ?
Les enfants constituent une priorité pour nous.
Un espace de 600 m² leur est consacré, avec une animation variée : ateliers de lecture, d’écriture, de dessin, de chant, de théâtre et de conte.
À propos du conte, une conférence spécifique mettra en valeur ce patrimoine immatériel national, dans le cadre de la stratégie du ministère de la Culture et des Arts visant à revivifier la tradition orale.
La fréquentation du Salon a souvent été un indicateur de vitalité culturelle. Qu’attendez-vous cette année ?
Comme je l’ai indiqué, nous prévoyons plus de 5 millions de visiteurs.
Je souhaite que le SILA, en tant que fête du livre et carrefour culturel, continue de rassembler les Algériens dans un esprit de convivialité, de partage et de fierté nationale.