
Entre les stands décorés et les tables couvertes de nouveautés, nous retrouvons le président de l’Organisation nationale des éditeurs de livres (ONEL), également directeur de Dar El Kitab El Arabi, pour un entretien au cœur de cette 28e édition du SILA.
Cette 28e édition du SILA met en avant la diversité éditoriale et la solidarité culturelle. Quelles sont vos principales participations et initiatives cette année ?
Nous vivons un moment fort. Pour nous, participer à ce salon, c’est plus qu’un simple rendez-vous professionnel : c’est un engagement pour la mémoire et pour la culture nationale. Notre maison, Dar El Kitab El Arabi, présente cette année plus de quarante nouveautés. Parmi elles, « La Cour d’assises » d’Ahmed Ibrahimi, deux ouvrages consacrés à l’émir Abdelkader, plusieurs titres sur la Révolution algérienne, et un nouveau livre intitulé « Les Navires de la liberté », qui rassemble des témoignages inédits sur la lutte pour l’indépendance.
Du côté de l’Organisation nationale des éditeurs, nous avons souhaité donner à notre pavillon une dimension citoyenne et engagée. Trois thèmes structurent notre participation :
La cause palestinienne, La Révolution algérienne, et les liens culturels profonds entre l’Algérie et l’Afrique. Nous organisons d’ailleurs une conférence en partenariat avec les organisateurs du salon, sur « Le patrimoine culturel algérien dans les bibliothèques africaines ». Une autre rencontre réunira l’ONEL et l’Union des éditeurs africains pour réfléchir aux moyens d’élargir la diffusion du livre algérien sur le continent africain.
Les éditeurs algériens font face à de nombreuses difficultés : hausse du coût du papier, distribution limitée, manque de soutien. Comment votre organisation agit-elle concrètement pour y remédier ?
Effectivement, le secteur traverse une période délicate. C’est pourquoi nous avons choisi de travailler main dans la main avec le ministère de la Culture. Nous avons mis en place plusieurs commissions mixtes pour identifier les priorités. Nos propositions sont claires : Donner la priorité au livre algérien dans les achats publics, soutenir les bibliothèques et institutions qui promeuvent la production locale, et revoir les circuits de distribution afin que nos ouvrages soient plus visibles, en Algérie comme à l’étranger. Lors de notre récente rencontre avec la ministre, elle a eu cette phrase qui m’a marqué : « Nous, les responsables, nous passons. Mais vous, les éditeurs, vous restez sur le terrain. »
C’est une reconnaissance importante. Elle sait que l’éditeur est le cœur battant de la chaîne du livre. Nous préparons d’ailleurs un nouveau salon professionnel, plus ouvert sur l’industrie du livre et de l’impression, prévu pour l’année prochaine. Notre objectif est de moderniser la filière tout en préservant l’indépendance et la créativité des éditeurs.
L’an dernier, vous aviez lancé une initiative de solidarité avec la Palestine. Comptez-vous renouveler cette action durant le SILA 2025 ?
Absolument. La culture ne peut être indifférente à ce qui se passe en Palestine. L’an dernier, nous avions reversé les recettes de certaines ventes au profit des familles de Ghaza, en partenariat avec des associations spécialisées.
Cette année, notre action prend une autre forme. Nous l’avons appelée « Palestine, une nouvelle page » ou peut-être « Palestine, jusqu’où ? », car nous voulons interroger le rôle de l’intellectuel face à l’injustice. Nous posons une question simple mais essentielle : « Que pouvons-nous, en tant qu’éditeurs, auteurs et lecteurs, faire concrètement pour soutenir le peuple palestinien ? »
C’est un appel à la conscience collective. La culture n’est pas un luxe : elle est une arme pacifique contre l’oubli. Et tant que le livre existera, la voix de la Palestine ne s’éteindra pas.