
N’est-il pas si difficile de répondre à la question de savoir quelles sont les lectures préférées des écrivains sans un travail d’enquête ?
Il est certain que cette question devrait trouver une réponse, ou au moins une ébauche d’explication, dans des sondages qui poseraient la problématique de manière scientifique. Mais dans le contexte, qui est le nôtre, à savoir la conférence-débat, il nous intéresse de comprendre les textes qui ont constitué le socle de formation des écrivains que nous lisons. Et de comprendre aussi leur rapport à la création littéraire. Ce qui est à mon sens, c’est que nous ne pouvons pas nous aventurer dans des catégorisations en matière de lecture s’agissant des auteurs. A moins qu’un travail plutôt académique tente de répondre à ces questions. A ce moment-là, nous pouvons établir des catégories en fonction des centres d’intérêt des écrivains. A titre d’exemple, des auteurs ont la préférence pour les livres de philosophie et de l’histoire, d’autres sont des passionnés des arts. Il y a aussi la part de la formation des uns et des autres. D’où l’importance des études qui se chargeront de répondre à ces questions.
Mais quels sont les champs qui attirent le plus de lecteurs ?
Sur la base de mon parcours de journaliste, je dois dire que l’intérêt des lecteurs pour la littérature est plutôt marginal. Par contre, le champ éditorial qui suscite de la demande, c’est celui relatif à l’Histoire. Cela s’explique par le fait que l’étudiant des lettres doit aussi s’armer de connaissances en histoire dans ces divers aspects et périodes. L’étudiant en sciences dures et expérimentales doit aussi lire l’Histoire. Autrement dit, le champ commun, c’est celui de l’Histoire. Vient ensuite la littérature dont l’intérêt se transmet au niveau de la famille.
En parlant de lectorat, quelle appréciation faites-vous à la lumière de l’affluence qui marque le SILA ?
De prime abord, nous ne pouvons que relever ce paradoxe : on parle du recul du lectorat, mais en face il y a affluence vers le livre, toutes productions confondues. Mais avec la place grandissante qu’occupe les nouvelles technologies dans les comportements, il est évident que livre en papier n’est plus si présent dans la formation et l’apprentissage des nouvelles générations. J’étais surprise, à ce titre, de découvrir une étudiante qui a lu tous les ouvrages d’un auteur saoudien en version numérique, mais qu’elle n’a pas pu lire un des ouvrages du même auteur en support papier. D’où la nécessité de revoir notre rapport avec le livre et d’œuvrer pour un équilibre qui préserverait la présence du livre dans sa version papier tout en tirant le meilleur des supports numériques qui ne doivent faire éclipser le livre.