
Waciny Laredj : « Écrire l’Histoire est une épreuve redoutable »
« L’écriture de l’Histoire est une dure épreuve », affirme l’écrivain et universitaire Waciny Laredj, venu animer une conférence lors du troisième jour du Salon international du livre d’Alger (SILA). Devant un public attentif, l’auteur a insisté sur la responsabilité morale et intellectuelle de tout écrivain face au passé collectif : « On ne peut écrire à partir de légendes ou de rumeurs. Les faits doivent être vérifiés, documentés, éprouvés. »
Laredj a rappelé la différence fondamentale entre le travail de l’historien et celui du romancier : « L’écriture de l’Histoire ne saurait être une alternative au récit historique, ni son équivalent. Le roman, lui, relève de la narration et de l’imagination. » Selon lui, les auteurs doivent se détacher de la sacralisation des figures historiques : « L’Histoire a sa propre voie, le roman la sienne. »
Interrogé par le modérateur Belkacem Benachour sur la frontière entre fiction et vérité historique, Laredj a répondu sans détour : « En lisant un roman, nous avons affaire à une histoire racontée, non à l’Histoire. La liberté du regard est la valeur suprême du roman, car la littérature ne défend pas une idéologie — elle défend ce qu’elle croit vrai. »
Évoquant son ouvrage Le Livre de l’Émir, inspiré de la vie de l’Émir Abdelkader, l’auteur a expliqué que le récit s’appuie sur une documentation « vaste et rigoureuse ». Le texte, dit-il, explore les métamorphoses d’un homme à la fois combattant de la foi et pionnier du dialogue entre les religions et les cultures.
Laredj est également revenu sur les tensions historiques entre les disciples de l’Émir et ceux de la zaouïa Tidjania, un différend né, selon lui, d’un « malentendu » lors d’un échange à Aïn Madhi (Laghouat). « Il est temps de dépasser les conséquences de cette affaire, a-t-il plaidé. Même les personnages les plus exceptionnels demeurent faillibles. »
Pour l’écrivain, l’Histoire n’a pas besoin d’être sanctifiée, mais comprise et transmise : « C’est en cessant de sacraliser nos références que nous pourrons, peut-être, les voir enfin dans toute leur humanité. »