
En ce cinquième jour du Salon international du livre d’Alger (SILA), la salle de conférence Assia Djebar a abrité une rencontre intitulée « Les efforts de l’Algérie officielle dans le soutien de la cause palestinienne ».
Modérée par Houssem Eddine Hamadi, la conférence a réuni trois éminents intervenants : l’historien Nacer-Eddine Saïdouni, le journaliste et chercheur Saadi Bouziane, ainsi que le théologien Cheikh Yahia Sari. Tous ont exprimé leur attachement indéfectible à la Palestine, tout en dénonçant l’apartheid israélien et le silence du monde arabe.
L’historien Nacer-Eddine Saïdouni a rappelé que le lien entre l’Algérie et la Palestine « est profondément ancré dans l’identité musulmane commune » des deux peuples. L’Algérie, a-t-il expliqué, exprime naturellement une forte solidarité envers la Palestine, terre sainte et symbole spirituel pour les musulmans. Connu pour ses travaux sur l’histoire contemporaine du monde arabe, Saïdouni a évoqué « une blessure qui ne cicatrisera jamais ».
Il a souligné les points de convergence entre la révolution algérienne et les soulèvements palestiniens, notamment à travers les expériences du colonialisme de peuplement, de l’effacement identitaire et de la fragmentation sociale.
« Nous devons développer notre réflexion pour comprendre l’ennemi et dépasser la tragédie », a-t-il insisté, ajoutant que « les Arabes ont émergé de leurs déserts avec des siècles de retard pour affronter une occupation soutenue par une diaspora unifiée ».
Critiquant la gestion réactive de la question palestinienne, il a estimé que « ce qui se passe en Palestine incombe aux Arabes à hauteur de 60 % ».
De son côté, le journaliste et chercheur Saadi Bouziane a dénoncé « le mimétisme arabe vis-à-vis de l’Occident », sans véritable appropriation des leçons de l’histoire. Il a appelé à une reconstruction intellectuelle et stratégique du monde arabe, fondée sur la connaissance de l’autre et sur la lucidité.
« Il faut renforcer le monde arabe, acquérir et maîtriser la technologie, s’armer de la liberté, de l’acceptation de la différence et de l’autocritique », a-t-il déclaré, invitant à « dissiper les illusions de fausse victoire ».
Le théologien Cheikh Yahia Sari a, quant à lui, insisté sur le lien religieux et spirituel indissoluble qui unit les musulmans à la Palestine :
« Cette terre pure est le lieu du voyage nocturne du Prophète, que Dieu le bénisse et lui accorde la paix. Elle ne peut être limitée par une frontière », a-t-il affirmé.
Évoquant les liens historiques, scientifiques et culturels entre l’Algérie et Jérusalem, il a rappelé la présence ancienne de familles algériennes dans la ville sainte. Le défunt historien Abderrahmane Djilali disait d’ailleurs : « Je ne peux parler de Tlemcen sans évoquer Jérusalem. »
Cheikh Yahia Sari a rappelé la participation de centaines d’Algériens à la résistance contre le colonialisme britannique et israélien, citant comme symbole le quartier des Maghrébins et le complexe Sidi Boumediene à Jérusalem. Il a évoqué la démolition brutale de ce quartier après l’occupation israélienne, ayant entraîné la disparition de 35 familles maghrébines et la destruction de 135 propriétés.
« Ce quartier a été effacé en trois jours, mais notre mémoire, elle, ne s’effacera jamais. La Palestine restera une priorité pour chaque Algérien jusqu’à sa libération », a-t-il conclu sous les applaudissements du public.